Burkina Faso. L’héritage de Sankara piétiné par Ibrahim Traoré

Ibrahim Traoré, auteur d’un coup d’État le 30 septembre 2022, se réfère régulièrement à son illustre prédécesseur. Mais, à bien des égards, sa « Révolution progressiste populaire » n’a pas grand-chose à voir avec les principes édictés par le capitaine assassiné il y a bientôt quarante ans, le 15 octobre 1987.

Au premier plan, Thomas Sankara (1984). Au second plan, Ibrahim Traoré, en octobre 2025, dépose une gerbe devant le monument en hommage à Thomas Sankara et ses camarades assassinés le 15 octobre 1987.
© Ernest Harsch / Compte X d’IB / Montage Afrique XXI

« Les révolutions qui surviennent de par le monde ne se ressemblent point. Chaque révolution apporte son originalité qui la distingue des autres », faisait observer le capitaine Thomas Sankara, porté à la tête du pouvoir par un groupe de jeunes officiers le 4 août 1983. Prenant la mesure de ses responsabilités à l’aune des immenses et innombrables attentes du peuple de la Haute-Volta, devenu Burkina Faso un an plus tard, il proclama la Révolution démocratique et populaire (RDP), puis prononça le Discours d’orientation politique (DOP).

Dans cette adresse intervenue le 2 octobre 1983, le capitaine Sankara et ses compagnons d’armes précisaient leurs actions par un document qui avait valeur de programme et de repère, pour se conformer à la tradition des régimes révolutionnaires. Le DOP prenait ainsi place aux côtés du « Livre vert » de Mouammar Kadhafi, du « Livre rouge » de Mao Zedong et du « Manifeste du parti communiste » de Karl Marx et Friedrich Engels.

La célérité de la définition de la nouvelle trajectoire illustre le niveau de préparation de Thomas Sankara et de ses compagnons d’armes. Ils étaient organisés dans des cercles de réflexion de tendance marxiste, Sankara ayant notamment fondé, en 1976, le Regroupement des officiers communistes (ROC), dont les membres les plus connus étaient Henri Zongo, Boukaré Kaboré et Jean-Baptiste Lingani. Ces hommes avaient déjà connu la guerre contre le Mali, en 19741, ainsi que des formes d’exercice du pouvoir. Ils avaient également intégré le Conseil national des forces armées à la demande du président Saye Zerbo, lors de son coup d’État en novembre 1980.

Contrairement au charismatique leader de la RDP, le nouvel homme fort de Ouagadougou, le capitaine Ibrahim Traoré, inconnu du grand public, s’est introduit dans l’histoire du pays par effraction, en damant le pion au lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana dont le nom était scandé par une partie de la foule favorable au coup d’État du 30 septembre 2022.

Deux ans d’improvisation et cinq ans de plus

Une fois installé au sommet de l’appareil d’État, le capitaine a décrété l’avènement du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), censé incarner la transition, puis, quelques semaines plus tard, sa deuxième version, le « MPSR 2 ». En fait, il s’est livré à un exercice du pouvoir entre improvisations, renoncements et accusations. Tirant un trait sur la transition civile et l’organisation d’élections conformément au calendrier initialement prévu – qu’il jugeait trop long au moment de son putsch, se targuant de régler les questions d’insécurité en six mois –, il s’est arrogé en mai 2024 un bail de cinq années supplémentaires.

Il a fallu attendre deux ans et demi, en l’occurrence le 1er avril 2025, au détour d’une cérémonie de montée des couleurs nationales au Palais de Koulouba, pour que le capitaine Ibrahim Traoré annonce enfin les contours de « sa transmutation » : « Restons concentrés et s’il faut qu’on le dise haut et fort ici, nous ne sommes pas dans une démocratie. Nous sommes bien en révolution progressiste populaire... Cette question de démocratie ou de libertinage d’action ou d’expression n’a pas sa place. [...] Nous déboucherons à une société de désordre. » Il a musardé jusqu’au 26 avril 2026, plus d’un an après, avant de permettre à son chef de gouvernement de présenter officiellement le Manifeste de la Révolution progressiste populaire (RPP).

À L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’ONU, LE BURKINA FASO NE BOYCOTTE PAS ISRAËL


Cliquer sur la flèche pour lire l’encadré
Le 24 septembre, une vingtaine de pays, dont le Sénégal et le Niger (ce dernier est membre de l’Alliance des États du Sahel, AES, avec le Mali et le Burkina Faso), ont quitté la salle de l’Assemblée générale de l’ONU lors du discours de Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien. Le Burkina Faso et le Mali n’ont pas participé à ce boycott, destiné à protester contre le génocide en cours commis par Israël contre le peuple palestinien.

La posture du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé à la tête du Burkina Faso après un coup d’État en septembre 2022, peut étonner : il se démarque en effet de la position de Thomas Sankara, dont il invoque pourtant régulièrement l’héritage. Thomas Sankara, porté au pouvoir en 1983 et assassiné avec d’autres camarades en 1987, ne mâchait pourtant pas ses mots quand il s’agissait d’Israël.

Dans un entretien oublié, exhumé par Afrique XXI, il comparait le sionisme à un « racisme » : « Nous savons qu’Israël comme l’Afrique du Sud ont des polices, ont des armées qui savent de qui tenir leurs méthodes fascistes. Autant ils ont tous été opposés au fascisme hitlérien, autant ils ont été proches de lui », assénait-il. Une position très éloignée de celle du nouvel homme fort burkinabè, qui entretient ouvertement des liens avec Tel-Aviv2. M.P.

Ce document stratégique, définissant les grandes orientations politiques, économiques et sociales du régime du capitaine Ibrahim Traoré, reste introuvable, comme les restes de l’acarien, un animal microscopique qui stocke ses déchets dans son propre corps et ne les libère qu’après sa mort. Le fameux guide circule seulement entre les mains des affidés et des sbires du capitaine Traoré qui l’ont suffisamment commenté sur les réseaux sociaux. Mais on y apprend très peu. À peine la presse locale, mise au pas, relate-t-elle que le manifeste compte 52 pages, 6 chapitres portant sur la vision de la défense nationale et de la guerre, le progrès socio-économique inclusif, le réarmement culturel, la diplomatie et les relations internationales, le renforcement de la gouvernance et les problématiques sociétales.

Pour Sankara, « il ne suffit plus de se dire révolutionnaire »

En se dotant de ce document de référence, il s’est agi, selon le Premier ministre, Rimtalaba Jean Emmanuel Ouédraogo, de fixer le cap de la dynamique actuelle au Burkina Faso qui permet de découvrir les grands projets historiques, transformationnels, que le président du Faso a pour le pays. La vraie question est de savoir si ladite dynamique résiste à l’épreuve de « la moralité révolutionnaire ».

Ce concept est détaillé dans une partie du DOP intitulée « De la moralité révolutionnaire au sein des CDR », prononcé par le capitaine Sankara le 2 octobre 1983. Il a dressé le portrait type du militant de la RDP :

Il ne suffit plus de se dire révolutionnaire, il faut en plus se pénétrer de la signification profonde de la révolution dont on est le fervent défenseur, en liant la théorie révolutionnaire à la pratique révolutionnaire, en concordant ses actes à ses paroles, permettant ainsi de distinguer les révolutionnaires conséquents à ceux qui sont mus par des mobiles étrangers à la cause révolutionnaire.

Le président Sankara a vécu ses engagements, avec un esprit sacrificiel. Son héritage parle si fort, sans cantine et sans djembé garni d’argent. La liste de ses biens est maigre : un vélo de course, une guitare, une valise contenant des petits effets personnels, retrouvés dans sa chambre d’étudiant au domicile paternel, situé au quartier Paspanga, à Ouaga, une parcelle et un puits au secteur n° 1 de Bokin, son village natal, comme le souligne son cousin Amadou Sankara.

2,5 milliards de francs CFA transférés à IB chaque semaine

Ce degré de sacrifice interroge quant à celui consenti par le leader de la Révolution progressiste populaire, le capitaine Ibrahim Traoré. Après avoir nommé des militaires à des fonctions stratégiques civiles, telles qu’à la tête de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (Sonabhy) et de la Société nationale de gestion du stock de sécurité alimentaire (Sonagess), le nouvel homme fort du Burkina Faso a mis en place un réseau mafieux, incarné par l’homme d’affaires Ali Konaté, un chef de la confrérie des Dozos (des chasseurs traditionnels) natif de la ville de Bobo-Dioulasso, dans l’ouest du pays.

Une membre de la famille Konaté reconnaît que l’ascension du capitaine a accéléré leur rapprochement, même s’ils se fréquentaient bien avant. Au début du règne d’Ibrahim Traoré, explique-t-elle, l’homme d’affaires s’est rendu au Sénégal pour consulter les grands marabouts, en vue de consolider le pouvoir du militaire. Aussi, « il immole régulièrement des bœufs à son domicile à Bobo-Dioulasso pour faire des sacrifices. La viande est partagée gratuitement au voisinage », confie-t-elle.

Aux côtés d’Ibrahim Traoré, Ali Konaté a changé de dimension, passant du statut de conseiller mystique à celui de conseiller d’affaires. À la tête de Kangala Holding, enregistré à Dubaï et à Ouagadougou, il est actif dans les secteurs du BTP, des mines, du courtage d’or, des transports d’hydrocarbure, de l’immobilier, de la logistique, des fonds d’investissement, ainsi que dans la compagnie aérienne Kangala Air Express, lancée le 30 janvier 2024. Chaque semaine, il verse 2,5 milliards de francs CFA par des circuits de transfert informels, hors des circuits bancaires classiques, pour le compte du capitaine Traoré, selon une enquête du média Ouest Afrik publiée en novembre 20253.

Tous roulent en grosses cylindrées et patrimonialisation

Le DOP a établi que le révolutionnaire doit : « se forger une nouvelle conscience et un nouveau comportement, à travers leur propre transformation qualitative, en vue de donner le bon exemple aux masses populaires ». Thomas Sankara donnait l’exemple, renonçant aux voitures de luxe et aux biens matériels. Sa voiture de fonction était une modeste Renault 5 qu’il avait aussi imposée aux autres membres du gouvernement. En outre, il avait mobilisé et mis en vente aux enchères les véhicules acquis avant l’avènement de la RDP.

Aujourd’hui, le Burkina Faso est incarné par un président qui roule en carrosse. Il visite des proches à bord de véhicules de marque comme la Luxury V8 SUV et la Hyundai Crossover, indique une source militaire, qui note que les officiers subalternes nommés à des postes de responsabilité circulent eux aussi dans de grosses cylindrées, pour la plupart en Toyota V8. « Vous trouverez des sous-officiers au volant de cette marque. Certains les ont cambriolées aux domiciles de personnalités qui ont fui le pays. C’est comme cela qu’un ancien ministre a perdu au moins deux grosses bagnoles », renchérit-elle.

Un activiste, membre d’une organisation de la société civile pro-MPSR 2, aujourd’hui en disgrâce, narre, sous le couvert de l’anonymat et avec un brin d’amertume, l’enrichissement de deux piliers du régime, les commandants Azaria Sorgho, commandant du Bataillon d’intervention rapide 4 et porte-parole du Collectif des organisations républicaines pour l’appui à la gouvernance (Korag4), et Oumarou Yabré, président du Conseil national de la sécurité d’État, tous deux court-circuités aujourd’hui par le capitaine Traoré. Selon cette source, le premier a construit un gigantesque manoir à Borgo, un quartier périphérique de Saaba, une commune rurale de Ouagadougou, après avoir fait nommer son père ministre en charge des Infrastructures. Le second détiendrait des stations-service à Ouagadougou et dans des villes à l’intérieur du pays et aurait acheté des dizaines de camions-citernes, mis au service de la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (Sonabhy), par l’entregent de l’ancien directeur général de cette dernière, Aimé Wendpanga Nongkouni, qu’il avait fait nommer en septembre 2023.

Des taxes sur tout et partout

Le DOP énonce clairement : « Le révolutionnaire doit avoir continuellement à l’esprit que l’intérêt des masses populaires prime sur l’intérêt personnel. » Dans cet esprit, le leader de la RDP a réalisé des lotissements et des logements sociaux à Ouagadougou et à l’intérieur du pays. Cependant, sous le MPSR 2, à l’ère de la RPP, les populations n’ont toujours pas vu la couleur des promesses au bénéfice du plus grand nombre. Au contraire, sous couvert de la RPP, des opérations de déguerpissement de sites d’orpaillage dans les régions du Djoro, de Yaadga et de Guirko ont été menées. Selon Ibrahim Traoré, ces jeunes orpailleurs contribuent à la déperdition des ressources nationales. « Beaucoup partent payer des véhicules. Prenez 1 000 personnes qui paient chacune un véhicule de 20 millions de francs CFA, ça fait 20 milliards de francs CFA qu’on a donnés comme ça quelque part. Pourtant, on n’a pas de routes », a-t-il déclaré.

Les maraîchers installés aux abords des barrages de Boulmiougou et de Tanghin à Ouagadougou et dans la zone C de Ouaga 2000 ont été expulsés à la suite de plaintes des riverains au sujet de l’écoulement des eaux usées. Ces opérations ont eu pour effet de jeter à la rue des exploitants présents sur le site depuis des décennies.

Pour l’heure, ce sont surtout ces « masses populaires » qui contribuent à financer le Fonds de soutien patriotique (FSP), ce mécanisme de soutien des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), dans lequel sont enrôlés parfois de force des Burkinabè. Les taxes abondent, sur les services et le opérations de téléphonie mobile, le carburant, les boissons alcoolisées et les sodas, tandis que 1 % sur le salaire net des travailleurs du public et du privé, 25 % sur les primes des travailleurs de départements ministériels, des sociétés d’État et des établissements publics, et 2 % sur le bénéfice des entreprises sont prélevés systématiquement et affectés au FSP. En somme, les populations sont assujetties à de nouveaux sacrifices, sans être associées aux processus de prise de décision et sans possibilité de revendications.

« Si quelqu’un merde, je vais le mâter, sans état d’âme »

La morale révolutionnaire de la RDP soutient aussi : « L’activisme de certains militants caressant le rêve contre-révolutionnaire d’amasser des biens et des profits doit être dénoncé. » À cet effet, le capitaine Sankara avait instauré les Tribunaux populaires de la révolution, les tribunaux départementaux et de conciliation pour gérer les cas de détournement, de corruption, de concussion et d’abus de biens. Des anciens ministres, des chefs d’État, de hauts fonctionnaires et des commerçants ont été jugés. Au total, 16 audiences ont eu lieu, 139 personnes ont été jugées et 106 d’entre elles condamnées. Un montant de 3 milliards de francs CFA de l’époque avait été récupéré.

Sous la RPP, les Burkinabè ont assisté à une affaire de détournement de fonds humanitaires, estimés à 3 milliards de francs CFA, qui donna lieu à deux grands moments de débats télévisés. D’abord le 26 novembre 2024, avec l’ouverture du procès du cerveau présumé du scandale, Amidou Tiégnan, agent à la Direction de l’administration et des finances du ministère en charge de l’Action humanitaire. Puis, le 27 mars 2026, l’ancienne ministre en charge dudit département, Laure Zongo-Hien, a été condamnée à cinq ans de prison ferme et à une amende de 10 millions de francs CFA. Depuis, rien : les caméras de la Korag n’ont surpris aucun responsable en exercice sous la RPP en flagrant délit.

La morale révolutionnaire de la RDP pose également que le révolutionnaire « doit éliminer le vedettariat de son comportement, en affectant d’être modeste tout en accomplissant les tâches avec détermination, sans vantardise ». Sankara a partagé les pouvoirs et les responsabilités avec ses compagnons d’armes, les capitaines Blaise Compaoré (qui a pris le pouvoir après l’assassinat de Thomas Sankara, en 1987, jusqu’en 2014), Henri Zongo et le commandant Jean-Baptiste Lengani, souvent qualifiés de numéros 2, 3 et 4. Inadmissible pour le leader de la RPP. Très vantard, il revendique un pouvoir qu’il a conquis pour lui seul, par la force des armes. Sa dernière déclaration, le 16 juillet dernier, au détour d’une rencontre avec les « forces vives » à Ouahigouya, dans la région des Yaadga, est mémorable : « Il n’y a ni numéro 1, ni numéro 2, ni numéro combien... Il n’y a pas deux capitaines dans un bateau... Si quelqu’un merde, je vais le mâter, sans état d’âme. »

À l’occasion, il a tenté de réécrire l’histoire de son putsch du 30 septembre 2022, assurant qu’il disposait des hommes et du matériel, au point de s’imposer dans un rapport de forces aux éléments des forces spéciales et de l’armée de l’air, encore fidèles au président Paul-Henri Damiba. C’est une imposture car, dans son interview du 1er octobre 2022 à la Voix de l’Amérique (VOA), il avait requis le soutien des chefs de corps des armées et lancé un appel à de nombreux soldats pour qu’ils se rallient à son camp. Si IB l’a emporté, c’est surtout grâce à la médiation des guides religieux et coutumiers, qui, soucieux d’éviter un bain de sang, ont tranché en sa faveur.

Une répression aveugle et des prisons remplies d’opposants

Par ailleurs, l’image du révolutionnaire que la RDP entendait imprimer dans la conscience, « c’est celui du militant qui fait corps avec les masses, qui a foi en elles et qui les respecte ; c’est le militant qui se départit de toute attitude de mépris vis-à-vis d’elles, qui ne se considère pas comme un maître et qui ne demande pas obéissance et soumission aux masses. Au contraire, il se met à leur école, les écoute attentivement et fait attention à leurs avis, tout en se départissant des méthodes autoritaires dignes des bureaucrates réactionnaires ».

Thomas Sankara a fait siennes ces prescriptions, au service des masses populaires, faisant des Comités de défense de la révolution (CDR) un cadre d’écoute, d’information, de sensibilisation et de formation. Dans un mimétisme moins inspiré, la RPP a créé les Wayiyans, un groupe d’activistes écumant les ronds-points. Leur mission relève davantage de la promotion d’un terrorisme révolutionnaire et d’un terrorisme d’État, et du relai de la propagande. Zélateurs et nervis d’un autre siècle, machettes et gourdins aux poignets, ils applaudissent bruyamment quand le capitaine Traoré réprime et broie toute voix discordante en procédant à des enlèvements forcés, des réquisitions, des séquestrations, des tortures, et à des expéditions au front.

À ce jour fourmillent dans les prisons secrètes de la capitale Ouagadougou et de l’intérieur du pays des milliers de militaires, des journalistes, des guides religieux, des hommes politiques, des leaders d’organisations de la société civile, des défenseurs des droits humains et des anonymes pour des délits d’opinion. Sont de ceux-là l’imam Kindo, enlevé récemment à son domicile, le médecin Arouna Louré, le confrère Atiana Serge Oulon, et maître Guy Kervé Kam, depuis plus de deux ans, et des lieutenants-colonels tels que Evrard Somda, Yves Didier Bamouni, Hamza Ouattara, et Paul-Henri Damiba, ancien chef d’État. La répression ne fait aucune distinction, et des anciens subissent le même sort : Mousbila Sankara, octogénaire et oncle de l’ancien président Thomas Sankara ; Hermann Yaméogo, octogénaire et ancien ministre d’État ; Ablassé Ouédraogo, septuagénaire et ancien ministre des Affaires étrangères ; et Kalifara Séré, septuagénaire et ancien secrétaire général du ministère de l’Administration territoriale... Tous ont malheureusement fait l’expérience des cachots d’asservissement du capitaine Traoré.

En 1983, le Burkina Faso a connu une transformation démocratique et populaire qui s’est dotée d’une morale révolutionnaire, avec pour étoile polaire politique l’ambition de servir le peuple. Depuis 2022, la deuxième révolution, soi-disant progressiste et populaire, est sans moralité, au service et à la gloire du grand sachem, le capitaine Ibrahim Traoré, et de son enrichissement personnel. Elle sème la terreur, réprime et consolide son maintien au pouvoir, ad vitam aeternam. C’est l’essence du traorisme, un foisonnement d’illusions et de manipulations, destiné à vendanger l’héritage du sankarisme.

Vous avez aimé cet article ? Association à but non lucratif, Afrique XXI est un journal indépendant, en accès libre et sans publicité. Seul son lectorat lui permet d’exister. L’information de qualité a un coût, soutenez-nous (dons défiscalisables).

Faire un don

1La guerre des deux jours, du 15 au 17 décembre 1974, opposa le Mali au Burkina Faso, au sujet du contrôle de la bande d’Agacher, comprenant les villages de Douma, de Dionouga, de Kounia et de Oukoulourou. Thomas Sankara, alors lieutenant, s’illustra par sa bravoure, puis fut nommé à la tête du Centre national d’entraînement commando de Pô.

2« Ibrahim Traoré soigne ses relations avec Israël », Africa Intelligence, 14 avril 2026 .

4Instance chargée « de définir, de suivre et de contrôler la mise en œuvre de la vision stratégique du Burkina Faso dans tous les domaines et par tous les moyens », selon la charte de la transition, et dont les pouvoirs sont également élargis à la lutte anticorruption.

5La guerre des deux jours, du 15 au 17 décembre 1974, opposa le Mali au Burkina Faso, au sujet du contrôle de la bande d’Agacher, comprenant les villages de Douma, de Dionouga, de Kounia et de Oukoulourou. Thomas Sankara, alors lieutenant, s’illustra par sa bravoure, puis fut nommé à la tête du Centre national d’entraînement commando de Pô.

6« Ibrahim Traoré soigne ses relations avec Israël », Africa Intelligence, 14 avril 2026 .

8Instance chargée « de définir, de suivre et de contrôler la mise en œuvre de la vision stratégique du Burkina Faso dans tous les domaines et par tous les moyens », selon la charte de la transition, et dont les pouvoirs sont également élargis à la lutte anticorruption.