En Tanzanie, un business contre nature

Les Massaïs sacrifiés aux parcs touristiques

Série 1/2 · Dans le nord de la Tanzanie, safaris, princes arabes et industrie du tourisme ont pris la place des Massaïs, expropriés de leurs terres au nom d’un modèle néocolonial et de la recherche du profit à tout prix.

L'image montre un vaste paysage ouvert, probablement dans une région africaine. Au premier plan, on voit une personne assise, portant un vêtement traditionnel aux motifs colorés, principalement rouge et bleu. Elle est tournée vers un groupe d'animaux, probablement des moutons, qui paissent à une certaine distance. Le sol est sec et herbeux, et l'arrière-plan présente des collines douces sous un ciel partiellement nuageux. L'ambiance dégage une impression de tranquillité et de connexion à la nature.
Une femme massaï observe le bétail dans une vallée au cœur de l’aire de conservation du Ngorongoro, dans le nord de la Tanzanie.
© Marco Simoncelli

Passé le portail d’entrée de la zone de conservation du Ngorongoro, dans le nord de la Tanzanie, la route s’élève en lacets sur une piste de terre ocre. Des dizaines de 4x4 chargés de touristes, venus pour la plupart d’Amérique du Nord ou d’Europe, descendent en sens inverse. « Même si le Ngorongoro est notre maison, nous n’y sommes plus les bienvenus », explique Joseph Oleshengay, avocat des droits humains et membre du peuple massaï qui vit entre le Kenya et la Tanzanie.

« Depuis au moins dix ans, je défends devant les tribunaux les causes de ma communauté. Dans le nord de la Tanzanie, les Massaïs subissent des injustices au nom de la soi-disant conservation de la nature. Avec mes frères, nous essayons d’y mettre un terme avec les moyens dont nous disposons. » Pour beaucoup, il est devenu l’unique espoir de se faire entendre. « Mon objectif est d’empêcher le gouvernement tanzanien de nous priver de notre bien le plus précieux : la terre. »

L'avocat et militant Joseph Oleshengay (au centre) avec des membres des communautés massaïs, entre l'aire de conservation du Ngorongoro et la zone de Loliondo, nord de la Tanzanie.
L’avocat et militant Joseph Oleshengay (au centre) avec des membres des communautés massaïs, entre l’aire de conservation du Ngorongoro et la zone de Loliondo, nord de la Tanzanie.
© Marco Simoncelli

La zone de conservation du Ngorongoro est un écosystème à la fois unique et fragile. Ce territoire situé près de la frontière kényane abrite quelque 25 000 grands mammifères – lions, zèbres, gnous, éléphants et rhinocéros noirs – ainsi que le plus grand cratère volcanique intact et non submergé au monde. Pour ces raisons, l’Unesco l’a inscrit en 1979 au patrimoine mondial de l’humanité, avant d’en reconnaître en 2010 la valeur culturelle, indissociable des traditions des communautés massaïs qui y vivent.

Les Massaïs soumis à « de strictes restrictions »

« Depuis 1975, les autorités ont commencé à, comme elles disent, “réglementer” cette zone : elles ont restreint nos déplacements, délimité les espaces où nous pouvons vivre et interdit l’accès au cratère », poursuit Joseph, faisant allusion à la décision du ministère tanzanien des Ressources naturelles et du Tourisme, qui a, la même année, interdit aux communautés massaïs l’accès au grand cratère. L’avocat et militant précise : « Aujourd’hui, les communautés massaïs vivant dans la zone de conservation sont soumises à de strictes restrictions. Les zones de pâturage sont réduites, la construction de nouvelles habitations, même traditionnelles, est interdite, et un quota maximum de bétail par personne a été fixé. En somme, il ne reste que 4 % du territoire de la réserve de Ngorongoro pour les communautés. »

Pour les Massaïs du Ngorongoro, gardiens de la nature depuis des siècles et dépendants de l’élevage, ces règles n’ont pas eu seulement des conséquences économiques. « Nous faisons partie intégrante de ce territoire. Le cratère, par exemple, avait une signification qui dépassait la simple activité pastorale, notre principale source de vie. Il était lié à notre foi et à nos rites sacrés », insiste l’avocat, tandis que sa voiture dépasse le point d’observation de la caldeira, d’où les touristes, occupés à prendre selfies et vidéos, contemplent le paysage.

Touristes étrangers photographiant le cratère du Ngorongoro depuis un belvédère du parc, nord de la Tanzanie.
Touristes étrangers photographiant le cratère du Ngorongoro depuis un belvédère du parc, nord de la Tanzanie.
© Marco Simoncelli

La perspective est tout autre pour les Massaïs : le gouvernement met en œuvre un plan de relocalisation qui prévoit le déplacement forcé d’au moins 70 000 personnes. Les images satellites analysées pour cette investigation par PlaceMarks montrent que de nouveaux sites d’installation sont déjà en construction à Msomera, Kitwai et Sauny. Ni les autorités de la zone de conservation ni le ministère tanzanien des Ressources naturelles et du Tourisme n’ont répondu aux questions envoyées par Afrique XXI.

Un déplacement massif des personnes en projet

Depuis environ cinq ans, le gouvernement dirigé par la présidente Samia Suluhu Hassan a mis en œuvre des politiques encore plus radicales pour relocaliser les Massaïs du Ngorongoro. Selon des sources gouvernementales tanzaniennes, sur les 93 000 Massaïs vivant dans la zone de conservation, au moins 73 000 devront être déplacés. « Lorsqu’un pays dépend des revenus du tourisme et de la chasse sportive aux animaux sauvages, il est très tentant pour le gouvernement de miser sur ce système », explique Mathew Bukhi Mabele, enseignant-chercheur à l’université de Dodoma. « Une nature vidée de toute présence humaine est un préalable idéal pour lancer de nouveaux projets touristiques ou créer des réserves de chasse – autrement dit pour augmenter les recettes. »

Les autorités tanzaniennes agissent sur la base de la section 4 du Land Act. « En Tanzanie, la terre est placée sous la tutelle fiduciaire du président. S’il ou elle estime qu’il existe un intérêt public, le président peut modifier sa classification », précise Mabele. Le chef de l’État peut reclasser un territoire et décider librement de son usage, sans avoir de comptes à rendre à la population. « Et, depuis 2009, il y a eu une véritable révolution dans la gestion foncière. Le Parlement a adopté une loi qui supprime les compensations pour ce type d’expropriation. À leur place, il n’y a plus que des “consolations”. La différence est énorme », poursuit le professeur. L’État n’est plus tenu d’indemniser les personnes en fonction de la valeur réelle de leur perte. Les « consolations » relèvent du bon vouloir des autorités.

Pour pousser les Massaïs à quitter leurs terres, le gouvernement a décidé de les affaiblir progressivement jusqu’à rendre leur survie sur place impossible. Dans cette optique, les premiers services supprimés ont été les services publics de base. « Ils ont ordonné la démolition sous trente jours des dispensaires médicaux et en ont rasé six sur sept », raconte l’avocat. L’épisode remonte à 2022, quand le porte-parole du gouvernement avait déclaré au Parlement que c’était « le seul moyen de forcer les Massaïs à partir ».

Réédition d’une tactique coloniale

Un document officiel de la zone de conservation du Ngorongoro obtenu par Joseph révèle que les autorités ont bloqué les comptes bancaires de plusieurs villages sans donner la moindre explication. « Les écoles tombent en ruine. Les fonds destinés à leur réhabilitation sont gelés depuis des années », témoigne un fonctionnaire qui préfère garder l’anonymat par crainte de représailles. Les conséquences de ces mesures de pression sociale et économique sont dévastatrices. Dans les villages du Ngorongoro, les classes accueillent des centaines d’élèves entassés sur des bancs ou assis à même le sol, tandis que la pénurie de médicaments a eu de graves répercussions sur la santé des habitants. À cela s’ajoute, selon l’ONG Flying Medical Service – qui assurait jusqu’en 2023 les évacuations sanitaires par avion –, l’interruption complète de la distribution de vaccins dans la région.

En plus de ces restrictions, les Massaïs ont dénoncé, au cours des cinq dernières années, plusieurs tentatives d’empoisonnement des points d’eau et des aliments pour le bétail. En 2021, certaines communautés ont reçu des fourrages fournis par les autorités du Ngorongoro en guise de « consolation » pour la perte de leurs pâturages. Des analyses effectuées par un laboratoire gouvernemental de Dar es-Salaam ont révélé que ces aliments présentaient un taux élevé de toxicité. Le centre d’analyse a conclu que la matière avait été altérée et ne répondait pas à son usage prévu, révélant également la présence de plomb et de sable. « Le gouvernement a distribué des aliments empoisonnés à notre bétail, provoquant la mort de nombreux animaux », accuse Salingo Oleytyapa, chef du village de Malanja.

Des éleveurs montrant des sels pour le bétail qui se sont révélés nocifs pour les animaux, distribués par les autorités tanzaniennes.
Des éleveurs montrant des sels pour le bétail qui se sont révélés nocifs pour les animaux, distribués par les autorités tanzaniennes.
© Marco Simoncelli

La protection du Ngorongoro, mise en place dans les années 19701, tout comme les méthodes utilisées pour chasser les Massaïs, trouvent leurs racines dans le passé colonial du pays. Le 4x4 qui transporte l’avocat s’arrête dans une petite clairière, à l’entrée du village de Malanja. Devant la porte en bois d’un boma, une habitation traditionnelle, se tient son père, Moses Oleshengay, 77 ans. « En 1959, le gouvernement colonial britannique nous a ordonné de quitter ce qui est aujourd’hui connu comme le parc national du Serengeti [à 200 km au nord-ouest de la zone de conservation], nous transférant de force au Ngorongoro », se souvient le vieil homme, marchant au côté de son fils sur une pente douce près du village. « Ils ont d’abord supprimé les services essentiels, puis restreint l’accès à des ressources vitales comme l’eau, avant d’ordonner à plus de 4 000 personnes de s’installer dans l’actuelle zone de conservation, où vivaient déjà plusieurs autres communautés massaïs. »

Nasifoy Mkas Miala a perdu sa maison et sa terre lorsque son mari a accepté le transfert à Msomera sans la consulter. Restée sur place avec sa plus jeune fille, elle vit de la solidarité de la communauté.
Nasifoy Mkas Miala a perdu sa maison et sa terre lorsque son mari a accepté le transfert à Msomera sans la consulter. Restée sur place avec sa plus jeune fille, elle vit de la solidarité de la communauté.
© Marco Simoncelli

La logique à l’origine de l’opération de 1959 était de créer un espace de nature « vierge ». Les Britanniques considéraient les activités pastorales des Massaïs comme une menace pour les habitats, les réserves d’eau et les grandes migrations de gnous et d’éléphants. Mais il s’agissait surtout de développer le tourisme en façonnant des paysages « sauvages » à offrir aux visiteurs et aux chercheurs.

D’éleveurs à cuisiniers pour les touristes

Le soleil se couche sur le Ngorongoro. Un troupeau de vaches partage l’herbe avec quelques zèbres. « L’histoire, ici, est circulaire », explique l’avocat. « À la fin des années 1950, ils ont expulsé mon père du Serengeti, et, aujourd’hui, les autorités tanzaniennes veulent répéter la même opération ici. Ce qui est triste, c’est qu’ils le font pour le tourisme, pour l’argent, pas pour la nature. » Ces quinze dernières années, dans la zone de conservation mais aussi dans tout le nord de la Tanzanie, cette approche de la « protection » de la nature a entraîné, selon plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International et Human Rights Watch2, de nombreuses violations des droits humains.

Alors que les ombres de la nuit s’allongent, les nombreuses jeeps remplies de touristes se hâtent de regagner leurs hébergements. En vingt ans, le nombre de structures touristiques – lodges et campings– est passé de 18 à 62, pour un total de plus d’un millier de lits.

Le camping Simba A est la seule structure publique. Des dizaines de jeunes, venus pour la plupart des États-Unis et d’Europe dans le cadre de séjours d’étude ou de tourisme solidaire, profitent de la fraîcheur du soir sur les hauteurs de la caldeira. Dans la cuisine commune, un bâtiment en béton avec plusieurs postes de cuisson, des dizaines de cuisiniers massaïs préparent les repas. « J’ai commencé à cuisiner pour les safaris il y a au moins cinq ans », raconte Isack, 30 ans, originaire d’un village aux portes du Ngorongoro, en découpant un poulet. « Mon grand-père venait du Serengeti, mais moi, je n’y suis jamais allé. »

Un business qui enrichit les grands promoteurs

Le camping Simba A est l’option d’hébergement la plus abordable de Ngorongoro. Une journée et une nuit sur place – en comptant le chauffeur, le cuisinier, l’accès au parc, la nourriture, le logement et la location du véhicule pour quatre personnes – coûtent entre 350 et 450 euros par personne. D’autres options existent pour les touristes plus exigeants. À mesure que la nuit progresse, on distingue, le long du cône volcanique, les lumières des hôtels au loin. Les clients des lodges de Ngorongoro appartiennent pour la plupart à une élite internationale : un tourisme exclusif, inaccessible à la majorité des Tanzaniens. Le prix maximum d’une nuit dans la zone de conservation, qui inclut les activités, atteint environ 3 000 à 3 500 euros par personne.

Le tourisme est l’un des piliers de l’économie tanzanienne : il représente 17 % du PIB et emploie environ 1,4 million de personnes. Le cas du Ngorongoro illustre cependant les profondes contradictions de ce modèle. Selon une étude publiée par l’Agence allemande de coopération internationale au développement (GIZ) en 20173, le tourisme dans la région est fortement axé sur des expériences dites wildlife intense, centrées sur l’observation de la faune sauvage.

Touristes occidentaux sur une aire de repos dans le parc du Ngorongoro, l'un des plus visités en Tanzanie et dans le monde.
Touristes occidentaux sur une aire de repos dans le parc du Ngorongoro, l’un des plus visités en Tanzanie et dans le monde.
© Marco Simoncelli

Ces activités génèrent d’importants profits pour les tour-opérateurs, les lodges et le gouvernement central, mais très peu pour les communautés locales : sur plus de 90 millions d’euros de revenus annuels générés par le parc en 2024, seulement 2,7 % bénéficient aux habitants. La plupart de ces lodges appartiennent à de grandes entreprises ou à des fonds d’investissement. Le Meliá Collection Lodge, avec ses 60 suites et sa villa surplombant le cratère, fait partie d’une grande chaîne hôtelière basée à Palma de Majorque, en Espagne. 54 % des parts de Meliá Hotels International appartiennent à la famille Escarrer, tandis qu’environ 10 % sont détenus par Global Alpha Capital Management Ltd., une société de gestion d’actifs de Montréal.

Deux mondes séparés

La plupart des visiteurs ne passent pas la nuit au Ngorongoro, mais s’y rendent pour des excursions d’une journée. La zone de conservation dispose d’un petit aéroport reliant principalement Zanzibar. Beaucoup de passionnés de safaris séjournent plutôt à Arusha, principale ville de la région, avant de partir vers les parcs. Selon les statistiques officielles, plus d’un demi-million de personnes ont visité la zone en 2023, contre un peu plus de 400 000 cinq ans auparavant.

Dans la zone de conservation, touristes chanceux et communautés massaïs vivent dans deux mondes séparés. Mais, le 18 août 2024, ils se sont croisés. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, suivant des sentiers connus seulement d’eux, ont contourné les barrages policiers pour manifester pendant cinq jours. La route reliant Ngorongoro au Serengeti a été bloquée, paralysant la circulation des véhicules touristiques.

Pendant ces événements, les communautés ont exigé l’abrogation de la loi prévoyant la « suppression » de 25 villages et 96 sous-villages du registre électoral les privant ainsi du droit de vote. Les Massaïs ont aussi demandé la réouverture des services publics – santé, éducation, eau – et la suspension des démolitions.

« Au troisième jour », se souvient l’avocat, « des officiers nous ont annoncé que nous avions gagné un procès à la cour de Dodoma et que les fonds allaient être débloqués. Le comble, c’est que nous n’avions intenté aucune action : le gouvernement a monté un faux procès pour calmer la protestation ». L’effet des manifestations a été immédiat : les villages massaïs ont été réintégrés dans le registre électoral, et une petite partie des fonds publics a été restituée. Sous la pression, le gouvernement a créé deux commissions d’enquête sur la gestion et la propriété des terres dans la zone protégée de Ngorongoro et sur le plan controversé de relocalisation des habitants.

Un modèle de conservation « colonial et raciste »

En descendant des pentes du Ngorongoro, le vert des champs cède la place à la poussière rouge. Après le poste de contrôle des rangers d’Oldupai, une grande vallée s’ouvre. Trois heures plus tard, on atteint la route qui longe la Pololeti Game Reserve. « Ici, les girafes s’enfuient : c’est une réserve de chasse », explique Joseph Oleshengay. La Pololeti Game Reserve, environ 1 500 km², borde directement le parc national du Serengeti, dans le district de Loliondo. D’après les enquêtes menées par Enact (Enhancing Africa’s Response to Transnational Organised Crime), le territoire est, depuis les années 1990, géré par la société panaméenne Otterlo Business Corporation (OBC), dont la filiale tanzanienne est enregistrée sous le nom de Royal Safaris Conservation.

Réservoir d'eau fourni par les autorités tanzaniennes avec la Frankfurt Zoological Society comme compensation aux communautés de Loliondo expulsées. Quelques milliers de litres pour des milliers de personnes et d'animaux...
Réservoir d’eau fourni par les autorités tanzaniennes avec la Frankfurt Zoological Society comme compensation aux communautés de Loliondo expulsées. Quelques milliers de litres pour des milliers de personnes et d’animaux...
© Marco Simoncelli

Matthew Siloma, leader communautaire, enfourche sa moto pour rejoindre le village le plus proche de la nouvelle réserve. Accueilli par des éleveurs auprès d’un point d’eau, il explique : « Les sources se trouvent désormais de l’autre côté de la frontière. La réserve a coupé notre unique moyen de survie – l’élevage –, forçant beaucoup d’entre nous à partir. Elle a détruit notre mode de vie. »

La principale crainte des Massaïs est la saison sèche. « Sans accès à l’eau, notre fenêtre de survie est étroite. Quand les pluies s’arrêteront, nous connaîtrons la faim, comme cela arrive depuis la création de Pololeti. »

Dans le cas de Pololeti, plusieurs ONG de conservation, dont la Frankfurt Zoological Society (FZS), sont au centre des critiques formulées par la plateforme d’ONG internationales Pingo et le think tank Oakland Institute. « Les Massaïs décrivent la FZS comme leur ennemi numéro un et ont maintes fois demandé à l’organisation qu’elle arrête ses activités dans le nord de la Tanzanie », explique Paul Renault, chercheur à Survival International. « Mais la FZS continue de promouvoir un modèle de conservation colonial et raciste. »

Financé par le ministère allemand de la Coopération

Outre les méthodes contestées, Survival International et les communautés massaïs dénoncent le rôle de la FZS dans les expulsions massives de 2022. « La FZS est un partenaire étroit de la Tanzania National Parks Authority, l’une des agences impliquées dans ces opérations », continue Renault. « Elle a également soutenu un plan d’aménagement foncier rejeté par les leaders locaux parce qu’ils le jugeaient contraire à leurs droits. »

Les critiques visent aussi la fourniture d’équipements aux autorités des parcs nationaux. La FZS agit en Tanzanie dans le cadre d’un projet de 30 millions d’euros financé par le ministère fédéral allemand de la Coopération économique (BMZ) via la banque publique KfW. Depuis 2021, elle a livré du matériel – GPS, véhicules, jumelles de vision nocturne – et organisé des formations pour les rangers. Selon les documents officiels du BMZ, la FZS aurait aussi fourni du matériel aux rangers du Serengeti impliqués dans les expulsions de Pololeti.

La FZS a nié tout rôle direct ou indirect dans les opérations de juin 2022 liées à la création de la Pololeti Game Reserve. Elle reconnaît toutefois la persistance « de perceptions d’un rôle indirect » et admet qu’à l’époque sa politique mondiale sur les droits humains était encore « en cours de finalisation ». Elle n’a cependant fourni aucune preuve concrète sur la destination de l’équipement remis aux rangers accusés d’avoir mené les expulsions, se contentant de renvoyer aux portails institutionnels.

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1Le Ngorongoro est légalement désigné zone de conservation en vertu d’une loi de 1959. Il est également classé site du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979.

2Voir ici et ici.

3Disponible en pdf ici.

4Le Ngorongoro est légalement désigné zone de conservation en vertu d’une loi de 1959. Il est également classé site du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979.

5Voir ici et ici.

6Disponible en pdf ici.