
DANS L’ACTU
RDC, LES NOUVEAUX ENJEUX D’UNE GUERRE SANS FIN
Au vu des crises qui font l’actualité – l’Ukraine, l’Iran, la Palestine –, la guerre qui continue de ravager l’est de la République démocratique du Congo (RDC) apparaît comme un héritage du siècle dernier, une interminable saga qui déchire le cœur de l’Afrique. Crise humanitaire, déplacement de millions de réfugiés, enlisement des médiations africaines et lassitude généralisée…
Les enjeux du conflit mériteraient cependant davantage d’attention car les évènements récents sont le signe d’une dangereuse escalade. En effet, ce n’est pas n’importe quelle frappe aérienne qui a visé le 24 février l’un des leaders (et porte-parole) du mouvement armé M23 : Willy Ngoma passait la nuit dans une maison proche de la ville de Rubaya, où se trouve l’une des plus importantes réserves mondiales de coltan, lorsqu’il a été tué par le bombardement d’un drone d’une si redoutable précision que l’on peut s’interroger sur l’identité du tireur. De toute évidence, cette frappe a été réalisée par des professionnels, et il y a peu de chances que ces derniers appartiennent à l’armée congolaise ou aux différents groupes de mercenaires, roumains et autres, qui combattent à ses côtés et qui ont été piteusement chassés de Goma il y a un an.
Quelques jours plus tôt, début février, Kisangani, la capitale de la Province orientale riveraine du fleuve Congo et a priori inaccessible depuis les positions du M23 au Kivu, avait elle aussi subi une attaque inhabituelle : des drones, nouvelles vedettes des guerres d’aujourd’hui, avaient détruit des équipements stockés loin du front par l’armée congolaise. Selon des sources locales, ces drones auraient été actionnés depuis… la République centrafricaine, un pays où sont basés des militaires rwandais opérant dans le cadre de la Minusca, la mission des Nations unies en Centrafrique.
Ces deux attaques démontrent que l’on assiste à une internationalisation de la guerre et à la démultiplication de ses protagonistes : depuis que le président congolais Félix Tshisekedi a conclu des accords miniers importants avec les États-Unis de Donald Trump, de nouveaux acteurs sont entrés en action, et le nom d’Erik Prince, le célèbre mercenaire états-unien (fondateur de Blackwater) est régulièrement cité.
Dans le même temps, l’avertissement régulièrement mis en avant par le président rwandais Paul Kagame évoquant le scénario d’une revanche des extrémistes hutus (mis en avant par Kigali pour légitimer la rébellion du M23) semble cette fois se concrétiser : Jean-Luc Habyarimana, le fils du défunt président du Rwanda Juvénal Habyarimana, a été reçu à Kinshasa, et la présence sur le front de Hutus membres des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), un mouvement fondé par des responsables du génocide des Tutsis en 1994, est désormais plus que vraisemblable.
À Kinshasa comme à Kigali, il ne s’agit plus seulement d’accéder à des minerais essentiels comme le cobalt, le tantale ou le coltan, de permettre l’enrichissement des élites et de contrôler des populations dont le sort indiffère. Ce qui est en jeu désormais, c’est la survie de régimes en fin de course : Kagame est au pouvoir depuis plus de trente ans tandis que son homologue congolais, qui achève son deuxième et, en principe, dernier mandat, entend coûte que coûte prolonger son règne, à l’image d’un certain Mobutu Sese Seko qui s’éternisa au pouvoir de 1965 à 1997 grâce à la protection de Washington.
Les enjeux de la guerre actuelle dépassent largement le sort de ces deux hommes : il est question de la stabilité du cœur de l’Afrique, de l’accès à ses ressources et de la compétition qui s’annonce entre la Chine et les États-Unis et l’Europe. Et c’est ce télescopage d’intérêts politiques personnels et d’enjeux économiques et géopolitiques globaux qui fait craindre le pire.
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LES ARTICLES DE LA SEMAINE
« La mémoire de la guerre continue de hanter les Centrafricains »
Entretien Démocratie, sécurité, présence de Wagner, relations diplomatiques... La Centrafrique est en crise depuis de nombreuses années. Élu pour un troisième mandat en décembre 2025, Faustin-Archange Touadéra semble avoir réussi à stabiliser la situation sécuritaire, mais de nombreux défis, économiques et politiques, demeurent, explique Fulbert Ngodji, analyste à l’International Crisis Group.
Par Michael Pauron et Tangi Bihan
La justice kényane libère les semences et les paysans
Analyse La Haute Cour du Kenya, en invalidant, en novembre 2025, une des plus dures législations de la région qui criminalisait l’échange et la vente de semences indigènes, a libéré du même coup les semences et les agriculteurs.
Par Robert Amalemba
IN ENGLISH
How Kenya’s Seed Ruling Freed Indigenous Farmers from Fear
Analysis CBy invalidating, in November 2025, one of the harshest laws in the region that criminalized the exchange and sale of native seeds, the High Court of Kenya simultaneously freed both the seeds and the farmers.
By Robert Amalemba
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