Les Émirats arabes unis soutiennent les guerres en Afrique

Cette semaine dans la lettre hebdomadaire : le rôle d’Abou Dhabi dans les conflits africains, la cinémathèque Afrique... Et les articles de la semaine.

Sudanese dancers, d’Abdelwahab Noure (Soudan).
© fineartamerica.com

ÉDITO

ABOU DHABI, PARTENAIRE DE LA FRANCE ET L’UN DES PREMIERS SOUTIENS DES GUERRES EN AFRIQUE

Une étude du German Institute for International and Security Affairs, paru le 13 mai, vient redire ce que tout le monde sait déjà : les Émirats arabes unis (EAU) alimentent de nombreux conflits, en particulier en Afrique, au mépris du droit international et tout en maniant la langue de bois. Ils sont devenus « l’un des acteurs extérieurs les plus agressifs dans les conflits africains », estiment les auteurs Gerrit Kurtz Wolfram Lacher et Stephan Roll. Malgré les dénégations d’Abou Dhabi, son implication directe est certaine en Éthiopie, en Libye, en Somalie et au Soudan.

Comme Afrique XXI le rappelait à l’occasion de la troisième année de guerre au Soudan, les EAU soutiennent les Forces de soutien rapide (FSR) du général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemetti », accusés d’actes de génocide par l’ONU, notamment lors de la bataille d’El Fasher. L’émirat se sert de plusieurs pays pour acheminer des armes, dont le Tchad, l’Éthiopie et le port de Berbera au Somaliland – avec qui il entretient des relations très étroites. « En Éthiopie, le gouvernement d’Abiy Ahmed s’est appuyé sur des drones des Émirats arabes unis pour repousser une offensive des rebelles tigréens à l’automne 2021 », relève l’étude allemande. Cette guerre au Tigray a fait l’objet d’un véritable nettoyage ethnique. Des camps d’entraînement pour les FSR ont par ailleurs vu le jour à Benishangul-Gumuz, dans l’ouest de l’Éthiopie. En Libye, les EAU entretiennent une guerre civile en soutenant le maréchal Khalifa Haftar contre le gouvernement internationalement reconnu de Tripoli. Les EAU soutiennent aussi des forces armées au Somaliland et au Puntland, deux régions somaliennes en crise avec Mogadiscio. Ils sont également impliqués au Yémen.

Excepté dans ce dernier pays, Abou Dhabi n’a pas déployé de troupes, mais soutient des proxys, et procède « au recrutement de combattants et de mercenaires étrangers, à leur transport sur les champs de bataille ou à leur déploiement pour un soutien logistique ». L’une des lignes idéologiques permanente semble être la lutte contre les soutiens aux frères musulmans. Mais, souligne l’étude, sa proximité avec d’autres groupes islamistes demeure ambiguë.

Les objectifs recherchés par l’émirat ne sont pas très clairs. Mais ils incluent l’influence régionale et internationale, afin de contrer l’Iran et l’Arabie saoudite – et son retrait inattendu de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole, début mai, dominé par l’Arabie saoudite, va dans le même sens –, et certains intérêts économiques avec le déploiement de ses entreprises phares tels que DP World et AD Ports Group. Ces dernières sont présentes au Sénégal, en Tanzanie, au Mozambique, en Angola et en Égypte. « Pour les Émirats arabes unis, ces corridors sont également essentiels car ils garantissent un accès à long terme aux ressources stratégiques et aux routes commerciales », estime l’étude. L’émirat s’enrichit par ailleurs en profitant de l’exportation et de la contrebande d’or provenant de zones de conflit – des faits qui ont notamment été documentés au Soudan dans cette grande enquête du New York Times.

Abou Dhabi n’est pas à une contradiction prête et participe régulièrement à des médiations tout en entretenant les conflits concernés par les pourparlers. L’émirat, qui nie systématiquement son implication malgré les preuves qui s’accumulent, s’ingère par ailleurs dans la rédaction des rapports internationaux pour s’assurer que son nom n’apparaisse jamais. Ce fut le cas par exemple pour la résolution européenne du 27 novembre 2025 (« Escalade de la guerre et de la catastrophe humanitaire au Soudan ») : la mention, proposée par les groupes de gauche, a été refusée par l’European People’s Party, soutenu par l’extrême droite. Ce groupe politique réunit des partis du centre, du centre droit et de la droite d’inspiration démocrate chrétienne et libérale-conservatrice. On y retrouve en particulier Les Républicains, parti français dirigé par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau.

Bruno Retailleau a été nommé au ministère de l’Intérieur par Emamnuel Macron en septembre 2024, et maintenu à ces fonctions (sous trois Premier ministre) jusqu’à sa démission treize mois plus tard. Durant un an, ses prises de paroles ont stigmatisé les plus fragiles, en particuliers les personnes en exils, affirmant que « l’immigration n’est pas une chance pour la France » et durcissant les conditions d’accès à la nationalité française. Plus récemment, il a demandé à mettre « au ban des nations européennes » l’Espagne, qui vient de procéder à la régularisation de 500 000 travailleurs clandestins.

Ménager ainsi un pays avec lequel la France entretient un « partenariat stratégique » (dixit l’Élysée), renforce l’impunité et contribue à la plus grave crise humanitaire du monde : 200 000 morts et 14 millions de déplacés. L’étude rappelle que « cela a également conduit à un nombre croissant de réfugiés soudanais arrivant en Europe par la Méditerranée ». En Italie, « le nombre et la proportion de ressortissants soudanais a doublé entre 2024 et 2025 (...). En Grèce, les réfugiés soudanais [constituent] la deuxième communauté la plus importante en 2025 ». Les EAU sont par ailleurs les premiers acheteurs d’armes françaises. Certaines se sont directement retrouvées au Soudan, comme l’a dévoilé Amnesty international.

Les EAU redoublent ainsi d’efforts afin « d’exercer une influence politique en Europe – y compris auprès des populistes de droite, des partis d’extrême droite, et [en soutenant] les réseaux diffusant de la désinformation », poursuivent les auteurs. Ils estiment que les pays de l’Union européenne devraient revoir leur position, et envisager enfin des sanctions contre la pétromonarchie.

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À VOIR

UNE CINÉMATHÈQUE AFRIQUE EN ACCÈS LIBRE SUR TV5 MONDE

Depuis le 11 mai, la plateforme de streaming de la chaîne TV5 Monde met en accès libre une « cinémathèque Afrique » avec à ce jour neuf films de réalisateurs africains. Restaurées par l’Institut français, les œuvres (fictions, documentaires, longs métrages, courts métrages…) couvrent la période de 1955 à nos jours.

Deux films tournés à vingt ans d’écart font le pont entre le continent et Paris. Tourné avant les indépendances, en 1955, Afrique-sur-Seine de Jacques Mélo Kane, Mamadou Sarr et Paulin Soumanou Vieyra montre le « Paris des jours sans pain », le « Paris de la solitude » et le « Paris des jours sans espoir », s’interrogeant : « Mais où sont les rues dorées de nos comtes d’enfant ? » Considéré comme le premier film tourné par des Africains, Afrique-sur-Seine rend compte des réflexions d’étudiants venus du continent, s’interrogeant sur leur avenir en tant qu’Africain en France tout en ayant la nostalgie de leur pays.

Les Princes noirs de Saint-Germain-des-Prés (1975), du réalisateur Ben Diogaye Bèye, suit quant à lui un jeune sénégalais dans les rues du quartier latin. La caméra s’arrête sur chaque personne noire croisée, comme si elle les cherchait. Presque dépourvu de dialogue, le court-métrage s’attarde sur la perception des noirs par des jeunes femmes blanches.« Beau comme un nègre » dit l’une d’elles à une amie à qui elle raconte avoir rencontré un prince héritier « sérère », probablement un membre de la famille « du président » Léopold Sédar Senghor. Le film se conclut sur cette phrase : « Quinze ans après les indépendances, toujours les mêmes fantasmes. »

À voir : « La cinémathèque Afrique », sur TV5 Monde Plus.
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AGENDA

TABLE RONDE À SCIENCES PO PARIS

Quoi ? Table ronde organisée par le Ceri-Sciences Po, « Capturing the ambiance of African cities », sur la manière dont les villes africaines sont visualisées et sur les imaginaires qui structurent les réalités citadines sur le continent.
 ? Salle K008, Sciences Po, 1, Place Saint Thomas d’Aquin, 75007, Paris.
Quand ? Mercredi 3 juin 2026., de 14:30 à 17:00.
Qui ? Avec la participation de : Joel Ansah (CERI-Sciences Po / CNRS), Patrick Belinga (CERI-Sciences Po / CNRS, auteur chez Afrique XXI), Alice Carchereux (CERI-Sciences Po / Université de Genève), Laurent Fourchard (CERI-Sciences Po / CNRS), Juliette Refle (CERI-Sciences Po / Université de Genève), Pietro Repishti (IMAF / Université Paris Cité), Dan Sanaren (CERI-Sciences Po / CNRS), Cory Satter (University of Florida).

Inscription obligatoire ici.
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LES ARTICLES DE LA SEMAINE

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