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La lettre hebdomadaire #236

[Dans l’actu] Le Sénégal bâillonne la dénonciation de la répression en Guinée

Abdulaye Bangoura (Pecos), The kora players (2015, Guinée).

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DANS L’ACTU

AU SÉNÉGAL, IL ESTSORMAIS INTERDIT DENONCER LAPRESSION BRUTALE EN GUINÉE

Ce jeudi matin, l’hôtel Novotel, dans le centre de Dakar, était paré d’un cordon policier. Une manifestation en vue ? Une alerte sécuritaire ? Non. Une précaution des autorités sénégalaises, qui, après avoir annulé un événement dédié à la situation préoccupante des droits humains en Guinée, a jugé opportun de dissuader toute tentative éventuelle d’écorner l’image de Conakry.

La table ronde internationale initialement prévue était pourtant organisée par Tournons la page Guinée, organisation défendant l’alternance démocratique, et réputée pour son caractère pacifiste et légaliste. D’ailleurs, son responsable, Alseny Farinta Camara, avait bel et bien obtempéré aux injonctions d’annuler l’événement, formulées la veille au soir par la direction de l’hôtel et par la police. Dakar semblait donc vraiment tenir à « ne pas créer de problème diplomatique entre le Sénégal et la Guinée ».

Tel a été le motif de l’annulation réitéré à Camara par la Direction de la surveillance du territoire (DST), qui l’a convoqué au matin du 9 juillet, et cité par l’AFP. « Pour des raisons diplomatiques, le ministère des Affaires étrangères a saisi le ministère de l’Intérieur pour que la rencontre ne se tienne pas », a confirmé à l’agence de presse un porte-parole de la police sénégalaise.

Ainsi donc, parler des disparitions forcées et des exécutions sommaires qui sévissent en Guinée sous le régime de Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir à la faveur du putsch du 5 septembre 2021, ne serait plus toléré au Sénégal. Drôle de message, dans l’un des derniers espaces démocratiques ouest-africains, qui jusque-là gonflait d’espoir les exilés, toujours plus nombreux à fuir les pays de la région ayant basculé dans l’autoritarisme ces dernières années.

L’agenda de l’événement concocté par Tournons la page Guinée à l’occasion de ce 9 juillet, commémorant le 2e anniversaire de l’enlèvement de Foniké Mengué et de Mamadou Billo Bah, deux militants pro-démocratie, était ambitieux. Étaient conviés deux des si rares rescapés des opérations de kidnapping, de torture et de séquestration perpétrées par les forces armées guinéennes, des représentants de la société civile sénégalaise (le mouvement Y’en a marre, Afrikajom Center), deux représentantes d’Amnesty International Afrique de l’Ouest et du Centre et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, l’opposant en exil Cellou Dalein Diallo… Tournons la page Guinée, de son côté, avait prévu de rappeler la liste des personnes illégalement enlevées par le régime et encore détenues dans des lieux inconnus, et de partager la mise à jour de son rapport « Chasse à l’homme », publié en décembre 2025.

« Nous avons recensé au moins 70 personnes tuées par les forces de défense et de sécurité sans que la justice agisse pour situer les responsabilités. Toutes ces personnes ont été tuées par balles, par des forces de l’ordre, lors des manifestations sociopolitiques. Il y a des manifestations sporadiques liées aux coupures d’électricité, des réclamations de salaires ou des protestations liées au mode de recrutement dans les zones minières. Ces victimes ne sont pas seulement des chiffres, ce sont des visages, des histoires, des parcours et des espoirs brisés par les autorités guinéennes », a déclaré Alseny Farinta Camara à nos confrères de Sahel Horizon, avant de développer l’« épidémie de disparitions forcées, d’enlèvements arbitraires, de détentions extrajudiciaires et de cas de torture sans précédent depuis 2021 ».

L’objectif de la table ronde internationale du 9 juillet à Dakar était de « favoriser le dialogue entre acteurs », « d’identifier des pistes d’action concertée conformes au droit international » et de « mobiliser la communauté internationale, les acteurs régionaux et les décideurs sur l’urgence de mettre fin aux disparitions forcées en Guinée ». Car la communauté internationale se montre particulièrement silencieuse sur la situation en Guinée, alors que l’Union européenne et la France condamnent plus volontiers ces mêmes violations des droits humains lorsqu’elles se produisent au Mali, au Burkina Faso ou au Niger. Las, au Sénégal, l’appel de Tournons la page Guinée aura été réduit au silence. Décidément.
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Por Nicolas Michel (traducido del francés para Rebelión por Beatriz Morales Bastos)

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