
Le conseil d’administration de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne s’apprête à voter, lundi 1er décembre, la levée de l’exonération des droits d’inscription différenciés pour les étudiantes dits « extracommunautaires » (qui ne viennent pas d’un pays de l’Union européenne). En pratique, les concernées devront s’acquitter de la somme de 2 895 euros pour une année en cycle de licence et de 3 941 euros en master. Cette possibilité de différencier les droits en fonction de la nationalité a été ouverte par la stratégie « Bienvenue en France » mise en place en 2019, que nombre d’universités avaient jusque-là refusé d’adopter.
L’austérité budgétaire de l’enseignement supérieur et de la recherche, imposée par la politique gouvernementale, est la principale justification pour l’adoption de ces mesures. Leurs conséquences n’en seront pas moins discriminatoires et catastrophiques pour des étudiantes déjà affectées par de nombreuses difficultés, parmi lesquelles la fin annoncée de l’Aide personnalisée au logement1 (APL) et des conditions de vie étudiante difficiles pour toutes et tous.
Toutes ces décisions s’ajoutent à une politique générale de restriction d’accès aux visas à destination des Africaines. Les étudiantes en provenance du continent ont de plus en plus de mal à venir en France : les coûts (frais de dossier, visa, garanties financières, logement...) sont si importants que beaucoup d’entre elles et eux s’endettent sans même avoir la certitude, au bout du processus, d’avoir un visa leur permettant de rejoindre leur établissement – quand bien même celui-ci et Campus France, l’organisme par lequel ils ont l’obligation de faire leurs démarches, auraient approuvé leur inscription. Afrique XXI avait publié une série de témoignages décrivant leur désarroi face à une administration française sourde et opaque.
En conséquence, les étudiantes se tournent vers des pays plus accueillants. La Russie, par exemple, a très largement ouvert ses campus et mis en place des facilités (bourses, visas…). Pour Moscou, il s’agit là d’un puissant levier d’influence.
Des enseignantes-chercheurses ont écrit une lettre ouverte aux membres du conseil d’administration (voir ci-dessous) ; des laboratoires ont rédigé des motions ; une assemblée générale rassemblant 200 étudiantes et personnels a réitéré sa ferme opposition à cette mesure inique... Tous espèrent que les membres du conseil d’administration réalisent, en plus de ses conséquences socio-économiques, la portée politique de leur geste.
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Madame la Présidente,
Mesdames et messieurs les membres du Conseil d’administration de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
Chères et chers collègues,
Vous proposez de voter le 1er décembre l’adoption de droits d’inscription différenciés pour les étudiantes extracommunautaires (hormis ceux ressortissants de pays dits « les moins avancés »). Vous proposez donc qu’à la rentrée 2026 nous enseignions devant des étudiantes qui, pour certaines, auront payé 178 euros et d’autres 2 895 euros pour leur année de licence. Ils et elles recevront évidemment le même enseignement et connaîtront les mêmes conditions de travail que leurs camarades. Leur seule différence sera leur nationalité. Après le vote de la suppression de l’Aide personnalisée au logement (APL) pour ces mêmes étudiantes, l’université continue de creuser le fossé entre les Françaises et les autres.
En 1956, la Sorbonne s’enorgueillissait de recevoir les artistes et écrivains noirs lors d’un Congrès devenu mythique dans la constitution des réseaux d’intellectuels transatlantiques. Aujourd’hui, les étudiantes marocaines, algérienes et égyptiennes, qui constituent les cohortes les plus importantes d’étudiantes nous rejoignant, se verront proposer des droits d’inscription prohibitifs et discriminatoires. Quel retour en arrière ! Et surtout quelle pensée à courte vue ! La France est aujourd’hui bien moins attractive que le Canada, la Turquie, la Chine, ou l’Afrique du Sud, pour les étudiantes du Sud global. Ce nouvel affront les éloignera encore davantage et les frais d’inscription espérés s’évaporeront.
Vous promettez de revenir sur cette mesure quand nos finances iront mieux. Mais nous savons bien que l’État, à l’heure actuelle, se désengage de l’enseignement supérieur, et que ce ne sont pas ces rustines discriminatoires qui consolideront l’Enseignement supérieur de recherche. Ces mesures ne font qu’ôter encore davantage le sens de nos missions d’enseignement et de recherche, fondées sur des collaborations internationales que vous appelez vous-mêmes de vos vœux.
Nous, enseignant.es, chercheur.ses, enseignant.es-chercheur.ses et biatss de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne nous opposons fermement à cette mesure et vous demandons de ne pas faire de notre Université l’une des pionnières de la préférence nationale.
Signataires (prénom, nom, composante Paris 1)
Marie-Emmanuelle Pommerolle, ESPS
Florence Brisset-Foucault, ESPS
Loïc Le Pape, ESPS
Olivier Grojean, ESPS
Assia Boutaleb, ESPS
Julie Gervais, ESPS
Lucile Quéré, ESPS
Guillaume Mouralis, ESPS et membre de la Commission de la recherche de Paris 1
Aurore Koechlin, département de sociologie
Célio Sierra-Paycha, IDUP
Romain Guicharrousse, EHS
Alice Franck, UFR08
Julien Leers, EAS (UFR 04)
Claire Scodellaro, IDUP
Thomas Vernet-Habasque (EHS)
Clément Petitjean, DDL, IDUP/CESSP
Camille François, IAES, CESSP
Rodrigo Nabuco de Araujo, DDL,
Sébastien Garnier, DDL
Renaud Orain, IDUP
Samuel Knight, DDL
Molly Gilbertson, DDL
Marion Faure, DDL
Stéphanie Tchiombiano, ESPS
Anna Roussillon, DDL
Elisabeth Koechlin DDL
Floriane Soulié-Caraguel, ESPS, CESSP
Pauline Bigiarini, BIU Cujas
David Castañer, DDL, HiCSA
Lotte Arndt, HiCSA
Zinaïda Polimenova, HiCSA
Yaël Kreplak, HiCSA
Guillaume Vernet, Histoire de l’art et archéologie, HiCSA
Delphine Morana Burlot, HiCSA
Jean-François Cabestan HiCSA
Bertrand Tillier, HiCSA
Pierre-Yves Baudot, ESPS
Anne Hugon, EHS
Marie Cottrell, SAMM
Clémence Laburthe-Tolra, DDL, HiCSA
Annliese Nef, EHS
Pauline Drapeau, DDL
Hugo VIDON, EHS
Fabien Navarro, SAMM
Judith Michalet, EAS (UFR 04)
Claire Alix, EHAA (UFR 03)
Elisabeth Schmit, EHS
Victor Ducros, EHS
Antoine Scotto, HiCSA
Axël Le Boulicaut EHS
Grégory Bekhtari, DDL
Aurélie Carrara, EHS
Julie Richard Dalsace, EHS
Arnaud Bertinet, EHAAS/HICSA
Florence Wenzek, EHS
Justine Chaput, IDUP
Sophie Delpeux, EHAAS / HICSA
Pierre Lebec, EHS
Sylvie Fol, UFR 08
Aurélie Condevaux, IREST
Elvan Zabunyan, HICSA
Brigitte Lion, EHS
Emmanuel Charrier, DDL
Mohammed Bachir, SAMM
Léo Becka, EHS
Fanny Madeline, EHS
Paulin Thérouanne EHS
Alicia Espinosa, EHAA (UFR 03)
Marie Dejoux (EHS)
Amna Ouanes,DDL
Sylvie Lindeperg, HICSA
Maud Yvinec, DDL
Laurent Jeanpierre, ESPS
Claire Pignol, EES
Solenn Liétaert, ESPS
Ambre Bruneteau, ESPS
Alice de Charentenay, UFR 09
Alexandre Frondizi, EHS
Marion Henry, EHS
Adeline Blaszkiewicz-Maison, IAES
Claudia Buder, ESPS
Margaux Guillot, ESPS
Georges Bertherat, ESPS
Florence Audier SAMM
Fabien Archambault, EHS
Eugenia Palieraki, EHS
Bastien Paulin Verdier, EHS
Pierre Wat, HICSA
Jean-Marc Bardet, UFR27
Mathilde Boudier, EHS
Lucien Mauffret, SAMM
Corinne Perraudin, UFR27
Julie Valentin EES
Sophie Jallais, EES.
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1Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit que, à compter du 1er juillet 2026, les étudiants internationaux extracommunautaires non boursiers ne seront plus éligibles à l’ APL.
2Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit que, à compter du 1er juillet 2026, les étudiants internationaux extracommunautaires non boursiers ne seront plus éligibles à l’ APL.