
Ouganda, Maroc et peut être Burundi… Des soldats africains devraient bientôt être déployés dans la bande de Gaza, théâtre d’un génocide en cours orchestré par Israël. Ces forces intégreront la « Force internationale de stabilisation » (ISF) dirigée par le général états-unien Jasper Jeffers, qui doit se déployer en novembre en coordination avec l’armée israélienne. Cette mission a été voulue par le Conseil pour la paix, cette coquille créée et présidée « à vie » par Donald Trump, qui le présente comme une alternative à l’ONU qu’il accuse d’avoir trop souvent échoué dans ses missions de la paix. Le Conseil de sécurité de l’ONU avait fourni un mandat à l’organisation de Trump pour gérer strictement un plan de paix à Gaza, dont l’ISF est une composante. Depuis, le président états-unien n’a pas caché son ambition de faire de ce Conseil pour la paix un concurrent direct de l’ONU.
En rejoignant l’ISF, Rabat, Kampala et Bujumbura (qui a fait connaître son intérêt mais dont la participation n’est pas encore officielle) œuvrent à leur tour à la désintégration des Nations unies et valident la politique fasciste de Washington et génocidaire de Tel-Aviv – cette mission se déployant en « coordination » avec les forces directement impliquées dans le massacre des Gazaouis.
Officiellement, l’ISF est censée accompagner le désarmement de la bande de Gaza, sécuriser les convois humanitaires (qui ont été autorisés au compte-gouttes et cornaqués par Israël) et faire respecter un cessez-le-feu qui, de fait, ne l’a jamais été par les Israéliens… À travers cet engagement, ces trois pays africains soutiennent surtout la colonisation de la Palestine.
Leur participation (dont celle d’un membre de la Ligue arabe) illustre aussi la capacité d’Israël à « normaliser » ses relations avec un continent qui, historiquement, était le fer de lance de la cause palestinienne, et alors que l’État de Palestine est toujours membre observateur de l’Union africaine (depuis 2013).
Depuis le début de la guerre génocidaire contre Gaza, de nombreux Marocains se mobilisent régulièrement en soutien au peuple palestinien et demandent à leurs dirigeants la fin de la normalisation des relations avec Israël. Mais Rabat se trouve désormais piégé par son propre jeu, comme le rappelait le journaliste et professeur de sciences politiques Omar Brousky, dans Orient XXI, en janvier 2024 :
« Commencé en décembre 2020, le processus de normalisation entre les deux États prend la forme d’une transaction tripartie : en contrepartie de la reconnaissance de la “marocanité” du Sahara occidental par l’ancien président américain Donald Trump, le royaume “normalisera” ses relations avec Israël. Une manœuvre habile puisqu’il s’agit de monnayer une “cause sacrée” pour la majorité des Marocains (l’affaire du Sahara occidental, considéré par le Maroc comme ses “provinces du sud”) par une autre “cause sacrée” (la question palestinienne). » Depuis, rappelle le journaliste marocain, « la coopération, notamment militaire, entre les deux pays est devenue officielle après avoir été longtemps officieuse. »
Israël a depuis longtemps déployé sa diplomatie militaire en Afrique. Et l’Ouganda est gros client. Le média Drope Site vient de révèler une série de documents sur la coopération entre Kampala et Tel-Aviv. « La décision d’envoyer des troupes ougandaises n’est pas apparue dans le vide, rappelle Drop Site, mais intervient dans un contexte de relation de sécurité en expansion rapide qui comprend la signature en 2022 d’un accord formel de coopération en matière de défense entre les deux pays. »
Le média met à jour des contrats signés avec la firme israélienne Elbet Systems, dont un ensemble pour 52,1 millions de dollars (44,9 millions d’euros environ). Ces équipements comprennent essentiellement des moyens de surveillance, dont des drones Hermes 450, dont l’utilisation par l’Ouganda avait déjà été documentée, notamment lors de l’opération Shuja, dans l’est de la République démocratique du Congo. Des systèmes de renseignement ont par ailleurs été « offerts », selon Drope Site, « au renseignement militaire ougandais et au SFC en particulier – une branche d’élite des services de sécurité impliqués dans la protection de la famille Museveni. » L’unité était autrefois commandée par Muhoozi Kainerugaba, le fils du président Yoweri Musevini, dauphin présumé et actuel chef militaire du pays.
La normalisation des relations entre Kampala et Tel-Aviv s’accélère depuis trois décennies, alors que Benjamin Netanyahu, le Premier ministre israélien, partage une histoire intime avec ce pays : son frère, Yonatan Netanyahu, a été tué à l’aéroport d’Entebbe en 1976, lors de l’assaut du commando qu’il dirigeait pour libérer 106 otages israéliens. Ces derniers étaient détenus par des militants du Front populaire pour la libération de la Palestine et de la Fraction armée rouge, qui avaient détourné un avion d’Air France en provenance de Tel-Aviv. Idi Amin Dada, qui dirigeait le pays à l’époque et qui avait rompu les relations avec Israël, avait accordé l’asile aux preneurs d’otages. Le commando israélien est intervenu clandestinement et a tué, à cette occasion, 45 soldats ougandais.
Le 1er août, Muhoozi Kainerugaba, a inauguré une statue en bronze en hommage au frère de Benjamin Netanyahu, à l’ancien terminal de l’aéroport international d’Entebbe. Israël était représenté par Barak Orland, un homme d’affaires israélien vivant à Kampala qui évolue dans le secteur de la sécurité. Il détient notamment Yamasec Ltd, impliqué dans les contrats d’armement signés par l’Ouganda avec Elbit et dévoilés par Drope Site. Cette société est également derrière l’achat d’avions pour l’Ouganda, retrouvés plus tard au Soudan du Sud, alors que ce pays, sous embargo, est au bord de la guerre civile.
En Ouganda, cette proximité avec Israël et, surtout, l’engagement de 1 200 soldats dans l’ISF, validé par le Parlement début août, a suscité de vifs débats – bien que la procédure ait été accélérée afin de limiter les critiques. Le député de l’opposition Hassan Kirumira, a demandé « de quel côté [notre] armée va-t-elle se battre ? », rappelant que l’Ouganda est membre de l’Organisation de la coopération islamique qui, traditionnellement, soutient la création d’un État palestinien indépendant.
D’autres opposants ont souligné le fait que la motion présentée par le ministre de la Défense, l’homme d’affaires Kiryowa Kiwanuka, passe sous silence la solution à deux États, le droit à l’autodétermination ou l’arrêt de la colonisation. Ils ont par ailleurs critiqué l’objet de la mission officielle, à savoir le « maintien de la paix », alors qu’aucune paix n’est effective sur le terrain. Ils redoutent l’utilisation des soldats africains comme « boucliers » ou intermédiaires pour sécuriser une occupation.
Le ministre et le fils du président ont balayé d’un revers de main ces critiques. Le soutien d’un État génocidaire et le renoncement aux principes historiques de l’Ouganda est donc le prix que ce régime, au pouvoir depuis quatre décennies, a décidé de payer pour se militariser un peu plus et se maintenir au pouvoir.
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À SUIVRE
TRAITE TRANSATLANTIQUE, ESCLAVAGE, COLONISATION : UNE RÉPARATION DÉSORMAIS PLUS CONTRAIGNANTE ?
« Si l’esclavage appartient peut-être au passé, bon nombre de ses conséquences, elles, persistent. » Ces propos de la Libériane Bela Boker-Wilson constituent la clé de voute des conclusions d’un comité d’experts indépendants des Nations Unies, rendues publiques le 1er septembre.
La plus significative renvoie les États membres face à leurs obligations en matière de justice réparatrice, concernant les préjudices et conséquences du colonialisme, de la traite transatlantique longue de quatre siècles, ainsi que de « l’esclavage racialisé ».
« Les États parties doivent mettre en œuvre des mesures de réparation globales en faveur des personnes d’ascendance africaine, couvrant tous les aspects des réparations », indique le document du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD, selon son acronyme en anglais), dont Bela Boker-Wilson est une des contributrices.
Jusque-là, certains États se dérobaient aux demandes de justice réparatrice, arguant de l’absence de loi internationale interdisant à l’époque la traite des esclaves. Mais les lignes directrices du document du CERD, qui pourra être invoqué devant les tribunaux, indiquent que les obligations incombant aux États découlent de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, adoptée en 1965. C’est donc ce texte qui est juridiquement contraignant, et non les normes juridiques en vigueur au moment des faits.
« Quelle que soit la qualification juridique des actes historiques d’origine, les États parties restent tenus, en vertu de leurs obligations actuelles au titre de la convention, de s’attaquer aux inégalités structurelles », indique le document du CERD.
Il incite par ailleurs à aller au-delà des compensations financières, jugées insuffisantes, et à tendre plutôt vers mesures « transformatrices », telles que l’ouverture des archives, la révision des monuments commémoratifs publics et la mise en place de commissions vérité indépendantes.
A.F.
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AGENDA
AFRIQUE XXI ET ORIENT XXI À LA FÊTE DE L’HUMA, AVEC BALLY BAGAYOKO ET PIERRE TEVANIAN
Afrique XXI et Orient XXI seront présents au Village des médias indépendants de la Fête de l’humanité, qui se tient du 11 au 13 septembre à Brétigny-sur-Orge (Essonne). Le Village est situé sur l’avenue Rosa-Luxemburg.
Vous pourrez venir discuter avec nous, découvrir (et éventuellement acquérir) nos livres, et assister au débat que nous animerons le dimanche 13, à 10 h 30, sur la scène du Village.
Nous débattrons autour du thème « Racisme, islamophobie, immigration... Informer pour mieux résister », avec Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, Pierre Tevanian, philosophe et co-auteur de « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde » : en finir avec une sentence de mort (Anamosa), Sarra Grira, rédactrice en chef d’Orient XXI, et Marie Le Roch de RetroNews. La table ronde sera animée par Michael Pauron, rédacteur en chef d’Afrique XXI.
Toutes les infos sur la fête ici et sur la page du Village des médias indé ici.
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LES ARTICLES DE LA SEMAINE
Gabon. Il y a dix ans, l’attitude de la France en question
Enquête Le 31 août 2016, des manifestations contre la réélection d’Ali Bongo sont réprimées dans le sang. À l’époque, le pouvoir français estime qu’il s’agit d’une affaire interne et qu’il ne faut pas intervenir. Mais entre l’absence de procès contre les commanditaires de ces violences, la présence de Français dans les rangs de la Garde républicaine, entité qui a participé à la répression, et les soupçons d’entraves à la justice du Quai d’Orsay, Paris entretient le flou sur son positionnement réel.
Par Caroline Chauvet Abalo, avec Michael Pauron
Au Togo, le trompe-l’œil de la nouvelle Constitution
Analyse Un an après son entrée en vigueur, la réforme constitutionnelle instaurant un régime parlementaire et créant le poste de président du Conseil, confié à Faure Gnassingbé, est toujours contestée par l’opposition et la société civile. Pour l’heure, elle n’a fait que conforter le régime dans sa toute-puissance.
Par Robert Kanssouguibe Douti
Les dilemmes de l’Égypte face au barrage éthiopien sur le Nil
Analyse Depuis l’annonce, en septembre 2025, de la mise en service du grand barrage de la Renaissance éthiopien sur le Nil bleu, aucun accord contraignant ne régit entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan le remplissage et l’exploitation de l’ouvrage. Cette impasse soulève deux questions simples mais rarement traitées ensemble : pourquoi l’Égypte n’a-t-elle rien fait pour empêcher le projet ? Ce dernier constitue-t-il une menace réelle pour son agriculture ?
Par Abdelrahim Shalaby
AUF DEUTSCH
„Das Öl hat nur tote Kühe und kranke Kinder gebracht“
Das Unity-Ölfeld zählt zu den wichtigsten Export- und Einnahmequellen des jungen Staats Südsudan. Gleichzeitig beuteln Korruption und schwere Umweltzerstörung Land und Menschen, deren Überleben weitgehend von humanitärer Hilfe abhängt.
Marco Simoncelli und Buster Emil Kirchner
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