Édito

Pas de journalisme libre sans indépendance financière

L’appel à dons lancé par Afrique XXI (ici) se termine lundi 20 mars. Voici pourquoi votre soutien est primordial.

© Jorm Sangsorn/Shutterstock

Depuis que le journalisme s’est érigé en contre-pouvoir – depuis qu’il existe donc –, l’indépendance de celles et ceux qui le pratiquent est un combat permanent. Aujourd’hui peut-être plus que jamais auparavant, cette indépendance est menacée. Dans le monde interconnecté qui est le nôtre, où le savoir traverse la planète en quelques secondes et où plus rien ne semble pouvoir échapper aux réseaux sociaux, prendre le contrôle des médias est devenu un enjeu majeur, tant pour les États que pour les multinationales.

Ce phénomène ne touche pas seulement la France et l’Occident. En Afrique aussi, le quotidien des journalistes est semé d’embûches. Dans de nombreux pays du continent, les autorités multiplient les lois liberticides qui contraignent la liberté de la presse, et les hommes d’affaires jouent sur la grande précarité des rédactions pour s’acheter quelques porte-voix officieux, voire pour constituer leur propre groupe médiatique.

L’Afrique est en outre soumise désormais au règne de la « guerre informationnelle » qui oppose les grandes puissances mondiales. Emmanuel Macron l’a lui-même admis lors d’un discours tenu le 1er septembre 2022 à Paris devant les ambassadeurs et les ambassadrices français.es, qu’il a exhorté.es, face à l’activisme de Moscou, à « beaucoup mieux utiliser le réseau France Médias Monde, qui est absolument clé et qui doit être une force pour nous ». France Médias Monde est constitué de trois médias que connaissent bien les Africains : RFI, France 24 et Monte Carlo Doualiya.

Indépendance totale et sacrifice économique

Dans ce contexte, plusieurs options se présentent aux journalistes du monde entier. La première consiste à accepter d’appartenir à un grand groupe, et donc, indirectement (et parfois à son corps défendant), de servir ses intérêts. Par exemple, non seulement Le Figaro, détenu par le groupe Dassault, constructeur du célèbre Mirage, n’enquêtera jamais sur les ventes d’armes françaises, mais il n’abordera jamais non plus ce commerce d’un point de vue critique. L’indépendance est donc altérée : elle n’est une réalité que dans un espace bien défini, que les journalistes connaissent parfaitement.

La deuxième option consiste à se passer d’un mécène qui comblera les éventuels déficits, mais à fonder son modèle économique sur la publicité (l’un et l’autre n’étant pas antinomiques, loin de là). C’est tout aussi problématique : les intérêts des annonceurs, connus ou supposés, deviennent ainsi une variable d’ajustement dans les débats éditoriaux de la rédaction. C’est une prison à ciel ouvert que l’on s’impose, ou, pour donner une autre métaphore, une dette cachée. « Si on enquête sur ce marchand de luxe, ne risque-t-il pas de mettre fin à sa campagne publicitaire ? À combien cela se chiffrerait ? Quelles seraient les conséquences pour notre budget ? » Enquêter sur un annonceur, c’est prendre le risque de voir ses recettes fondre, et donc son existence être remise en cause.

Il reste un troisième modèle, qui offre un véritable confort intellectuel, mais impose des sacrifices économiques : l’indépendance totale. Ni actionnaire, ni publicité, ni mécène. Ce choix, de nombreux médias l’ont fait dans l’histoire de la presse. En France, une multitude de journaux indépendants se sont créés ces dernières années (voir la « carte de la presse pas pareille » régulièrement actualisée par le journal L’Âge de faire). Tous basent leur financement sur leurs lectrices et lecteurs. Mais pas sur le même modèle.

Certains ont opté pour faire payer en amont l’accès aux articles, via un abonnement. D’autres médias privilégient ce que l’on appelle abusivement la gratuité : c’est-à-dire un accès libre à leurs articles. C’est la voie qu’a prise Afrique XXI. Ce modèle est précaire, il offre peu de visibilité et impose d’être sans cesse sur la ligne de crête.

L’accès libre grâce à votre générosité

Pour Afrique XXI, ce choix, bien que très contraignant, ne se discute pas. Dès la conception de ce projet, début 2021, il nous est apparu évident – essentiel même – que tous nos articles seraient accessibles à tout le monde. Et ce pour une raison non négociable : le critère de l’argent ne doit pas être un frein à l’accès à l’information.

Ce modèle que nous assumons a un prix : il nous faut régulièrement vous demander de participer à notre financement, comme actuellement, via une campagne de crowfunding. Cela implique de votre part un choix qui n’est pas toujours facile à faire : pourquoi payerais-je pour quelque chose qui est « gratuit » ? La réponse est simple, et se décline en deux temps :
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2- parce que c’est un acte de solidarité à l’égard de celles et ceux, très nombreux, en Afrique comme ailleurs, qui sont dans l’incapacité de donner ne serait-ce que quelques euros pour continuer à nous lire. Ici, il n’y a ni actionnaire, ni publicité, ni mécène. Nos seules sources de revenus proviennent de votre générosité et de votre engagement.

Depuis son lancement, en septembre 2021, Afrique XXI s’est évertué à apporter un regard neuf sur l’actualité du continent africain. Un regard critique, débarrassé des réflexes paternalistes et libéré de la « course à l’actualité » qui fait parfois oublier l’essentiel. Un regard fondé sur des valeurs assumées, mais ouvert à tous les horizons, et façonné par des univers différents : le journalisme, le monde de la recherche, celui du militantisme – à l’image de notre comité éditorial. La critique argumentée est notre raison d’être. C’est pourquoi nous nous attachons, depuis un an et demi à :

➞ déconstruire les discours dominants, le storytelling des autorités ou encore les idées reçues, comme ici, là ou encore ici ;

➞ dévoiler les dessous de l’impérialisme et les affres du capitalisme, comme ici ou là ;

➞ décentrer notre regard, faire un pas de côté et observer l’actualité avec des lunettes neuves, comme ici, ici ou là ;

➞ dénoncer les injustices et les scandales, comme là ;

➞ décrire les réalités souvent ignorées, comme ici, ici, ou là ;

➞ et enfin dépoussiérer nos connaissances et convoquer le passé pour expliquer le présent, comme ici, ici, là ou encore ici.

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