Olivier van Beemen. Pour African Parks, « les parcs naturels sont les musées de l’Afrique »

Entretien · L’ONG basée en Afrique du Sud gère vingt-trois parcs naturels dans treize pays d’Afrique. Ses méthodes violentes ainsi que ses résultats réels ou supposés en termes de protection de l’environnement interrogent... Mais l’entregent de ses dirigeants, proches des réseaux de chasseurs et de l’extrême droite, lui permet d’engranger de nombreux subsides, notamment européens.

Dans cette image, nous voyons un paysage naturel luxuriant. Au premier plan, un guide, portant un vêtement avec l'inscription "ECOGUIDE", se tient de dos. Il marche sur un sentier marécageux entouré de feuillage verdoyant. À l'arrière-plan, on aperçoit une autre silhouette, probablement un autre guide ou un observateur, qui semble interagir avec la nature. Le ciel est clair avec quelques nuages, laissant transparaître une belle lumière naturelle, ajoutant à l'atmosphère paisible de cet environnement sauvage. L'ensemble évoque une expérience immersive dans la nature, riche en biodiversité et en découverte.
Guides dans le parc national Odzala-Kokoua en République démocratique du Congo.
© African Parks

Après un des géants de la bière, Heineken, auquel il avait consacré un livre remarqué, Heineken en Afrique. Une multinationale décomplexée (Rue de l’échiquier, 2019), Olivier van Beemen s’attaque à un autre mastodonte, mais dans le secteur de la conservation de la nature en Afrique cette fois : African Parks (AP). Il n’a pas fallu plus d’un quart de siècle à cette organisation non gouvernementale pour qu’elle s’impose comme un acteur majeur de la protection de la flore et surtout de la faune en Afrique.

Elle gère aujourd’hui vingt-trois parcs naturels dans treize pays du continent, et son modèle militaro-commercial est souvent présenté comme le plus « efficace », et donc celui à adopter. Comme le raconte van Beemen dans son nouveau livre, Au nom de la nature. Enquête sur les pratiques néocolonialistes de l’ONG African Parks (Rue de l’échiquier), paru en France en février, AP, qui n’a aucun problème pour lever des fonds, notamment auprès de l’Union européenne, et qui dispose de puissants soutiens, y compris parmi les familles royales d’Europe, séduit de plus en plus de dirigeants africains.

Mais que se cache-t-il derrière cette vitrine alléchante, qui montre une visée écologique tout en promettant des retombées économiques, et que vantent régulièrement les médias internationaux ? Comme le démontre le journaliste néerlandais (collaborateur occasionnel d’Afrique XXI), c’est une tout autre histoire qui se joue dans l’arrière-boutique de cette ONG pas comme les autres. À commencer par son enracinement.

Des cas de torture et des morts

Basée à Johannesburg, en Afrique du Sud, AP se présente comme une entité africaine. Mais elle est bien plus européenne qu’il n’y paraît, tant dans son fonctionnement (la plupart de ses dirigeants sont blancs) que dans sa philosophie, que l’on peut résumer par cette phrase sortie tout droit de la bouche d’un de ses anciens dirigeants : « Ces Noirs sont incapables de bien gérer un parc. » AP est d’ailleurs née il y a vingt-cinq ans dans l’esprit d’un homme d’affaires néerlandais, Paul Fentener van Vlissingen, qui avait fait fortune dans les combustibles et le transport maritime, et qui s’était rendu célèbre pour ne pas avoir respecté le boycott visant l’Afrique du Sud de l’apartheid dans les années 1980. Pour cet amateur de chasse (à l’éléphant notamment), les parcs naturels, qu’il considérait comme de véritables musées africains, devaient à tout prix être protégés.

Mais au-delà de son fondement néocolonial, basé sur le mythe tenace de l’Éden africain, AP se démarque par ses pratiques : la méthode forte employée par ses rangers contre les braconniers, qui a abouti à des cas de torture et même à des morts ; sa propension à se substituer à la justice ou à la police de l’État dans lequel elle intervient ; l’intolérance vis-à-vis des riverains qui se voient privés des ressources naturelles qui les faisaient vivre ; l’optimisation fiscale ; l’opacité dans sa grille salariale ou encore ses ambitions concernant la revente des crédits carbone, une potentielle mine d’or…

Tout au long de cette enquête méticuleuse de plus de 300 pages, rendue vivante par des reportages sur le terrain et dans laquelle il ne cache ni ses interrogations d’enquêteur ni les intimidations formulées plus ou moins clairement par AP, van Beemen dévoile les nombreuses zones d’ombre d’une ONG qui jouit d’une réputation trompeuse, sans oublier de questionner l’efficacité d’un modèle qui est loin de tenir toutes ses promesses.

« Mandela lui aurait suggéré de sauver les parcs en Afrique »

Rémi Carayol : Comment est née African Parks ?

Olivier van Beemen : D’un côté, il y a Paul Fentener van Vlissingen, un milliardaire qui a un passé de grand industriel aux Pays-Bas. Il est à la tête d’une entreprise familiale, SHV Holdings [Steenkolen Handels-Vereeniging, soit, en français, « Société du commerce du charbon », NDLR], qui a fait fortune dans le pétrole et les combustibles fossiles, et qui est connu aux Pays-Bas pour n’avoir pas respecté le boycott qui visait l’Afrique du Sud de l’apartheid dans les années 1980 : une des entreprises de son empire, Makro, une chaîne de grands magasins, n’a jamais fermé ses cinq magasins. Van Vlissingen est aussi connu pour être un grand chasseur – d’éléphants notamment – et un ami de la famille royale néerlandaise. Vers la fin de sa vie, il voulait qu’on se souvienne de lui comme d’un philanthrope plus que comme d’un businessman sans scrupules. Il était préoccupé par la nature, il s’est donc mis en tête de la « sauver », en commençant par l’Afrique, où il chassait. Il a affirmé que l’idée lui était venue lors d’un banquet organisé par la reine des Pays-Bas en 1999 en l’honneur de Nelson Mandela, auquel il était invité, et au cours duquel le président sud-africain lui aurait suggéré de sauver les parcs en Afrique.

À la même époque, quatre Sud-Africains, Michael Eustace [un banquier, NDLR], Peter Fearnhead [qui travaillait pour South African National Parks (Sanparks), un organisme public de gestion des parcs naturels, NDLR], Mavuso Msimang [un ancien combattant du Congrès national africain également engagé au sein de Sanparks, NDLR] et Anthony Hall-Martin [un spécialiste des éléphants qui travaillait lui aussi au sein de Sanparks, NDLR], avaient une idée similaire : ils envisageaient de se lancer dans la gestion commerciale des parcs nationaux. Ils ont uni leurs forces et ont fondé African Parks, une organisation non gouvernementale, en 2000.

Leur idée était de reprendre les parcs aux gouvernements africains, d’obtenir une gestion déléguée, afin d’en faire des zones de conservation de la nature, mais dans un but commercial. Les débuts ont été difficiles car les quatre associés n’étaient pas connus. Le premier parc que van Vlissingen a géré de cette manière se trouvait en Afrique du Sud : il s’agissait d’une partie du parc national de Marakele. Or l’histoire de ce parc est assez ironique : ils ont acheté des fermes à des agriculteurs blancs, puis ils ont entrepris de « restaurer » la nature vierge. Du moins à leur manière. Car cette zone était surtout constituée de broussailles – on dit « bushveld » localement –, et dans cette végétation dense on ne voit pas grand-chose. Difficile de voir les Big Five [le buffle, le lion, l’éléphant, le léopard et le rhinocéros, NDLR]. Du coup, ils ont coupé toute la végétation pour en faire une savane inspirée par le Serengeti [un parc national de Tanzanie, NDLR], afin que l’on puisse mieux voir les animaux.

Rémi Carayol : Un ancien directeur d’African Parks, Dick de Kat, a dit un jour : « Ces Noirs sont incapables de bien gérer un parc ». Vous écrivez qu’il « s’agit là de la conviction qui est à la base d’African Parks ». Peut-on parler d’un projet néocolonialiste ?

Olivier van Beemen.
Olivier van Beemen.
© DR

Olivier van Beemen : J’ai longtemps hésité à employer ce terme lourd de sens, mais je crois que les faits parlent d’eux-mêmes. Il y a l’idée, derrière ce projet, que les parcs sont les musées de l’Afrique, que c’est donc un héritage universel qui justifie que les Blancs s’en occupent, car il faut le sauvegarder. Dans le livre, je raconte comment van Vlissingen et ses associés, blancs, se penchent sur une carte de l’Afrique pour identifier les parcs à acquérir. Cette image m’a rappelé celle montrant le roi de Belgique, Léopold II, au XIXe siècle, penché sur une carte du continent pour voir quelles terres restaient à coloniser.

Aujourd’hui, African Parks gère vingt-trois parcs dans treize pays africains, et ils mettent vraiment en avant le fait qu’ils contrôlent pleinement ces zones. Cela aussi renvoie à l’Histoire.

Rémi Carayol : Vous décrivez, dans votre livre, des comportements et même un fonctionnement racistes : les chefs sont majoritairement des Blancs, par exemple...

Olivier van Beemen : Je ne dis pas qu’African Parks est une organisation raciste, mais certains propos ou faits sont troublants. Alors que le terrain d’action d’African Parks est le continent africain, son comité de direction, composé de sept directeurs, était exclusivement composé de Blancs en 2022. On peut aussi relever qu’African Parks propose des cours de sensibilisation à la protection de la nature aux riverains des parcs sans jamais s’en remettre à leur connaissance multiséculaire de la faune locale.

Et plusieurs sources m’ont confirmé que l’extrême droite est assez bien représentée parmi ses cadres. Il y a notamment le cas du français Marc de Fleurian : cet ancien officier de la Légion étrangère a été en poste dans la réserve de l’Ennedi, au Tchad, avant d’être élu sous les couleurs du Rassemblement national, en France, d’abord comme conseiller municipal, puis comme député, en 2024. Tout ça indique pour le moins une certaine tendance…

« Dans le parc, il n’y a pas de droits humains »

Rémi Carayol : Les méthodes employées par Africain Parks pour lutter contre ceux qui sont présentés comme des braconniers sont rudes, parfois violentes. Vous documentez un certain nombre d’atteintes aux droits humains, des cas de torture notamment, mais aussi des meurtres...

Olivier van Beemen : Dans le parc, il n’y a pas de droits humains. « Nous faisons la loi », m’a dit un ancien ranger congolais. Or les gardes touchent des primes pour appréhender des braconniers – il peut s’agir de sommes importantes, supérieures à leur salaire, et ils les touchent même si le braconnier est mort. Par ailleurs, des anciens gardes m’ont dit qu’il pouvait leur arriver d’arrêter des innocents et qu’ils n’excluaient pas le fait d’avoir torturé des innocents.

Leurs instructeurs – souvent des Sud-Africains, des Israéliens et des Français – leur rabâchent qu’ils sont en guerre et que les braconniers sont leurs ennemis. Or la plupart sont juste des riverains des parcs qui chassent ou qui pêchent pour subvenir aux besoins de leur famille ou de leur communauté.

Rémi Carayol : Vous avez réalisé des enquêtes dans plusieurs pays du continent. Comment les riverains que vous avez rencontrés perçoivent African Parks ? Sont-ils en colère ?

Olivier van Beemen : C’est mitigé. D’un côté, il y a des gens qui profitent du parc : les chefs coutumiers par exemple, qui obtiennent des avantages, ou des familles qui obtiennent des bourses. Eux sont en faveur du parc. Mais pour beaucoup de gens le parc signifie une perte de ressources : quand African Parks reprend un parc, l’organisation est plus efficace que l’organisme public qui le gérait auparavant, et les gens n’ont plus le droit d’y chasser, d’y couper du bois, d’y cultiver un lopin de terre ou d’y faire paître leur troupeau. C’est illégal. Ça l’était aussi dans le passé, mais ces pratiques étaient tolérées ou l’organisme en charge de gérer les parcs manquait de moyens pour les contrôler. Avec African Parks, c’est différent. Non seulement l’organisation applique ces interdictions à la lettre mais, en plus, elle est très dure avec les contrevenants.

C’est d’autant plus problématique pour les riverains que c’est une organisation étrangère qui arrive et qui prend le contrôle de terres qui, à leurs yeux, leur appartiennent, et qui leur permettent de vivre et parfois de gagner un peu d’argent depuis des générations.

L’autre problème, c’est que African Parks fait beaucoup de promesses quand elle arrive dans un pays. Ses dirigeants assurent que le tourisme va exploser, que cela générera des revenus. Or, sauf à de très rares exceptions, ce n’est pas le cas. Par exemple, en Zambie, un pays stable où le tourisme est possible, un des parcs que l’organisation gère depuis plus de vingt ans n’attire pas plus de 900 touristes par an… Il n’y a que très peu d’activités économiques autour de ces parcs. Les riverains ne s’y retrouvent pas. Et s’il y a quelques projets – des centres médicaux, des forages, etc. –, ils ne sont pas suffisants pour améliorer sensiblement la vie des gens.

Rémi Carayol : Se révoltent-ils contre l’organisation ?

Olivier van Beemen : Ce n’est pas simple. Ce sont des populations souvent pauvres, qui n’ont pas beaucoup de moyens de se révolter ou de se faire entendre car on est souvent loin des grandes villes. Mais il y a eu quelques épisodes de révolte, des manifestations notamment. Au Congo-Brazzaville, le siège a été fermé, et l’organisation s’est déplacée dans une ville éloignée de sa base. Au Bénin, la population était tellement indignée qu’African Parks a décidé de délocaliser le siège, qui se trouvait dans une ville proche du parc. Les locaux sont désormais à l’intérieur même du parc. Plutôt que d’entendre cette colère, l’organisation choisit de tourner le dos à la population.

« L’Akagera, au Rwanda, est l’un des seuls rentables »

Rémi Carayol : Vous soulevez tout un tas de contradictions dans votre livre, comme celle de ces chasseurs qui veulent sauver la nature et notamment les animaux qu’ils aiment traquer...

Olivier van Beemen : C’est la conservation à l’occidentale : la conservation de la nature en Afrique a débuté avec des chasseurs. Leur souci, c’était qu’il n’y avait plus assez d’animaux à chasser. Le prince Bernhard, aux Pays-Bas1 était un grand chasseur et a été un des fondateurs du WWF2. Van Vlissingen lui-même était un chasseur passionné, notamment de grande faune en Afrique. Et parmi les cadres actuels d’African Parks, le monde de la chasse est toujours bien représenté.

Rémi Carayol : Malgré tout – les atteintes aux droits humains, la colère des riverains, l’échec sur le plan touristique –, African Parks est une affaire qui marche. L’organisation touche énormément de subventions et de financements, notamment de l’Union européenne…

Olivier van Beemen : African Parks est très forte en relations publiques. Ses dirigeants se sont façonnés une image positive et ont réussi à faire croire qu’ils étaient efficaces. Leur force, c’est qu’ils sont dans l’action. Eux ne perdent pas leur temps à écrire des rapports : dès qu’ils signent un contrat, ils vont sur le terrain pour traquer les braconniers. « Boots on the ground », disent-ils [« les bottes sur le terrain », NDLR]. En outre, quand ils invitent des donateurs, c’est toujours dans les parcs où leur modèle fonctionne le mieux.

Membres de l'unité de lutte contre le braconnage du parc national d'Akagera du Rwanda.
Membres de l’unité de lutte contre le braconnage du parc national d’Akagera du Rwanda.
© African Parks

Leur parc de référence, c’est celui de l’Akagera, au Rwanda. C’est l’un des seuls à être relativement rentable. Les donateurs en sont convaincus. Ces derniers apprécient aussi de voir que des transferts d’animaux sont réalisés entre les parcs. C’est une preuve d’efficacité pour eux. L’Union européenne, qui a contribué à plus de 140 millions d’euros, ce qui est énorme dans le monde de la protection de la nature, est impressionnée par cette efficacité tant vantée.

Pour cultiver cette image positive, African Parks peut compter sur les médias. Les documentaires télé ou les magazines spécialisés, comme National Geographic, les présentent comme des sauveurs de la nature. African Parks est cette « organisation sud-africaine qui sauve les parcs naturels avant leur disparition ».

Rémi Carayol : Et les États africains, qu’est-ce qui les convainc de faire appel à cette organisation ?

Olivier van Beemen : D’un côté, ils aiment le message d’African Parks : « On va amener des touristes, de l’argent, on va améliorer les infrastructures, on va lutter contre le braconnage. » La conservation de la nature n’est pas une priorité pour la plupart des gouvernements africains, mais ils y dépensent tout de même un peu d’argent. Or African Parks prend tous les coûts à sa charge. Pour les gouvernements, c’est une manière de se délester de ce poids. La plupart ne déboursent pas un centime, mais certains, comme le Rwanda, font le choix cependant de contribuer au financement de ces parcs afin de garder la main. Au moment de signer, certains gouvernements ne se rendent peut-être pas bien compte qu’African Parks prend le contrôle total de la zone concernée et récupère certains des pouvoirs régaliens. Selon ses détracteurs, c’est un État dans l’État.

Certains pays refusent de faire appel à eux. Ils ont longtemps essayé de récupérer des parcs en Tanzanie, au Kenya, au Sénégal… En général, ce sont des pays qui sont mieux gérés que la moyenne en Afrique. Ils estiment que c’est une atteinte à leur souveraineté.

« On peut douter de l’efficacité d’African Parks »

Rémi Carayol : Vous soulevez un autre enjeu pour African Parks, que les États négligent peut-être : le business des crédits carbone, une « mine d’or potentielle », écrivez-vous...

Olivier van Beemen : African Parks mise beaucoup sur les crédits carbone. Ils en ont sans doute vendu pour la première fois en 2023. Et dans leur budget prévisionnel, il est indiqué que ça pourrait leur rapporter des dizaines de millions d’euros à l’avenir. L’idée est que des entreprises ou des organisations, occidentales pour la plupart, compensent leurs émissions de CO2 en achetant des certificats carbone, ce qui leur permet de prétendre être « neutres » sur le plan des émissions de gaz à effets de serre. African Parks ne plante pas d’arbres mais explique que, s’ils ne protègent pas la nature, des arbres seront coupés. Ils peuvent donc se faire payer pour les protéger.

Rémi Carayol : À la fin de votre ouvrage, vous vous interrogez : finalement, la méthode African Parks est-elle si efficace que cela ? Quelque part, c’est la question la plus importante, outre les dérives constatées : ce modèle est-il le bon pour protéger la faune et la flore ?

Olivier van Beemen : Oui et sur cet aspect, il y a des doutes. African Parks vante son efficacité, notamment en matière de protection des animaux. Il n’y a pas d’études indépendantes qui permettent d’en avoir le cœur net. Mais quand on regarde les propres chiffres de l’organisation, on peut en douter. J’ai demandé les recensements des populations des parcs à African Parks, en vain. J’ai donc épluché leurs rapports annuels, dans lesquels ils mettent souvent le nombre des animaux dans leurs parcs. Il y a pas mal de données dans leurs rapports publiés depuis 2003. Or, même selon leurs propres statistiques, les résultats ne correspondent pas à leur discours.

Les populations sont parfois en forte baisse. Un exemple : le parc du Congo-Brazzaville Odzala-Koukoa est présenté comme un sanctuaire de la nature grâce à AP, mais les chiffres disent le contraire. Entre 2014 et 2024, il a ainsi perdu entre 30 et 50 éléphants forestiers, et les deux tiers des populations des gorilles et des chimpanzés. Leurs propres chiffres contredisent donc leur communication.

Rémi Carayol : Ce livre a été publié aux Pays-Bas avant d’être traduit en français. African Parks, qui vous a intimidé tout au long de votre enquête et qui vous a notamment menacé d’éventuelles poursuites judiciaires, a-t-elle réagi après sa publication ?

Olivier van Beemen : Ils étaient très agités avant la publication mais, depuis, ils sont plutôt silencieux. C’est la même stratégie qu’Heineken, sur lesquels j’ai enquêté dans un livre précédent : ils intimident en amont mais après ils n’en parlent pas, dans l’espoir que ça passe inaperçu.

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1Bernhard de Lippe-Biesterfeld, prince consort de 1948 à 1980.

2World Wide Fund for Nature, créé en 1961.