
DANS L’ACTU
RWANDA-RD CONGO. L’IMPUNITÉ DU SUISSE CHRISTOPHER HUBER
Dans une enquête, publiée dans le dernier numéro de The Continent, l’ONG Open Secrets (qui dénonce les crimes économiques) s’est penchée sur l’impunité de l’homme d’affaires sulfureux Christopher Huber.
Impliqué dans l’industrie minière, accusé dans de nombreux rapports de violation des lois internationales en RD Congo pendant la deuxième guerre du Congo (1998-2003), ce Suisse vit aujourd’hui en toute quiétude en Afrique du Sud, où il possède pas moins de quatre propriétés.
Les premières accusations contre Huber datent de 2001 : cette année-là, une trentaine d’ONG, représentées par l’International Peace Information Service, avaient présenté à Bruxelles un rapport qui dénonçait l’extraction illégale de minerais par des compagnies privées ou étatiques – et notamment rwandaises – dans les zones de conflit dans l’est de la RD Congo. Cette enquête a été suivie par d’autres rapports (groupe d’experts des Nations unies, Global Witness, Trial International, Open Society Justice Initiative), qui ont tous confirmé que le trafiquant avait profité de la situation chaotique dans la région pour piller et développer un commerce illégal de minerais (or, diamants, cobalt, coltan).
Huber, qui s’appuyait sur des ententes illégales et sur des compagnies privées rwandaises, vendait les minerais sur le marché international en les déclarant comme venant du Rwanda, donc une « zone de paix ». L’enquête d’Open Secrets révèle des documents attestant d’accords commerciaux qu’Huber avait conclus avec le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), mouvement armé qui a occupé des territoires dans le nord et le sud du Kivu, ainsi qu’avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, un groupe armé fondé dans les années 1990 par des anciens génocidaires rwandais). Christophe Huber a donc largement participé au financement de la deuxième guerre du Congo.
En 2019, le ministère public de la Confédération suisse a annoncé avoir ouvert une procédure pénale contre l’homme d’affaires pour commerce illicite de minerais. Mais Hubert n’a toujours pas été inquiété et coule des jours heureux dans la nation Arc-en-Ciel.
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À LIRE
UN TRAUMATISME POUR « LES CORPS-OBJETS »
Née au Burundi, Dominique Celis est une écrivaine belgo-rwandaise vivant au Rwanda depuis 2013. Dans son roman épistolaire, Ainsi pleurent nos hommes, elle raconte comment le génocide des Tutsis habite encore les corps et l’intimité des Rwandais. Impossible de « passer à autre chose » : le génocide est « cette chose, sans lieux, qui a eu lieu, arrimée, telle une inscription, indiscernable, dans les corps-objets, profanés », écrit-elle.
À travers une série de lettres que la protagoniste du roman, Erika, écrit à sa sœur en 2018, Celis dépeint une histoire d’amour contemporaine hantée par la mémoire et les fantômes de l’extermination des Tutsis. L’autrice restitue, en arrière-plan, l’humanité des relations et des rencontres dans une société rwandaise où le processus de réconciliation se fait, avant tout, dans les « corps habités de cadavres ». Une lecture intime et puissante pour penser le Rwanda contemporain, qui a commémoré cette année les 30 ans du génocide.
À lire : Dominique Celis, Ainsi pleurent nos hommes, Philippe Rey, 2022, 288 pages, 20 euros.
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UN⸱E ARTISTE RACONTE UNE ŒUVRE
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