
Au large de l’exclave espagnole de Ceuta, les navires semblent immobiles. L’épaisse brume du Levant annonce la fin de l’été. Sur la plage du Trampolín, depuis plusieurs semaines, le même rituel se répète chaque jour. Plusieurs centaines de personnes avancent par petits groupes pour recevoir le seul repas qui leur sera distribué de la journée. Sous la surveillance des agents de la Policía Nacional, elles attendent, alignées et accroupies. Un homme tarde à s’asseoir. D’un geste sec de la main, un policier lui ordonne de regagner sa place. La Croix-Rouge distribue ici quotidiennement 6 000 repas.
Depuis un mois, les associations locales absorbent une partie de l’urgence. À Sidi Embarek, l’ONG Luna Blanca accueille plusieurs centaines de femmes et d’enfants dans un campement installé près de la mosquée. Les places manquent, les bénévoles aussi. À 70 ans, Hamed, Ceuti d’origine marocaine et bénévole de l’association, ne compte plus ses heures et ses journées. Depuis la fin juillet et l’arrivée depuis le Maroc de dizaines de milliers de personnes — dont beaucoup à la nage —, suscitant une nouvelle vague xénophobe en Europe, il dit avoir perdu vingt-cinq kilos, rongé par le stress et l’anxiété.
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Sous la surveillance de la Police nationale, des migrants attendent, accroupis, la distribution quotidienne de nourriture.© Ariadna Roig Ripoll -
À Ceuta, sur la plage du Trampolìne, des migrants vivent dans un campement informel installé sur les rochers, à proximité de douches en plein air.© Ariadna Roig Ripoll
« La porte du paradis est ouverte à celui qui aide celui qui est dans le besoin », répète-t-il. Parmi les bénévoles, une trentaine sont eux-mêmes des exilés arrivés à Ceuta pendant ces journées de juillet. Ceux qui avaient besoin d’aide quelques semaines plus tôt participent désormais à l’effort. Dans cette ville saturée, habitants, associations et nouveaux venus tentent de maintenir à flot une solidarité improvisée. Mais après plus d’un mois, elle s’épuise elle aussi.
Une information instrumentalisée
Sur à peine 20 km² vivent quelque 84 000 habitants. Ceuta est espagnole, mais se trouve sur le continent africain, séparée de la péninsule Ibérique par le détroit de Gibraltar et presque entièrement encerclée par le Maroc. Avec Melilla, un peu plus au sud, où les mêmes scènes se répètent, elle constitue l’une des deux seules frontières terrestres entre l’Union européenne et l’Afrique. Quelques kilomètres de clôture séparent ici des territoires aux niveaux de richesse profondément inégaux.
Cette géographie façonne toute la ville. L’industrie y est presque inexistante et l’économie dépend largement de l’État espagnol : près de quatre emplois sur dix relèvent du secteur public. Militaires, policiers, gardes civils et fonctionnaires font partie du paysage quotidien. Ceuta bénéficie d’un régime fiscal particulier mais reste marquée par un chômage supérieur à 20 %. Chrétiens, musulmans, juifs et hindous composent le récit d’une ville qui revendique depuis longtemps la coexistence de ses « quatre cultures ». Dans certains quartiers, la darija résonne autant que l’espagnol.
Les 30 et 31 juillet, cet équilibre a volé en éclats. Le gouvernement espagnol avance le chiffre d’environ 72 000 entrées, presque l’équivalent de la population de la ville. La majorité repart vers le Maroc dans les premières 24 à 48 heures. Plusieurs milliers restent. En quelques heures, la station balnéaire prend des allures de caserne à ciel ouvert.
La nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Elle repose notamment sur l’interprétation d’une récente décision du Tribunal suprême espagnol, montée en épingle par des actions de propagande, attribuées par l’Espagne, puis par de nombreuses enquêtes, à des plateformes liées à Israël, à la Russie et au Maroc1. Depuis 2015, la loi prévoit à Ceuta et à Melilla un régime spécifique permettant le « rejet à la frontière » des personnes interceptées alors qu’elles tentent de franchir irrégulièrement la frontière. Cette année, le Tribunal suprême a précisé que ce mécanisme ne peut pas s’appliquer aux entrées irrégulières par voie maritime lorsqu’aucun dispositif de contrôle frontalier n’a été franchi. Sur les réseaux sociaux, cette nuance devient une tout autre information, massivement poussée par des comptes propagandistes : la frontière serait donc ouverte.
« On sentait sous nos pieds des corps »
« Je me suis sentie comme entourée de milliers de fourmis », se souvient Latifa Idrissi, une habitante musulmane de Ceuta, qui était à bord d’un ferry en provenance d’Algeciras quand des milliers de personnes tentaient de rejoindre l’exclave espagnole. « Tout a fermé. Les commerces ont baissé leur rideau pendant au moins quarante-huit heures après avoir été saccagés par cette foule complètement hors de contrôle. »

La mer charrie alors un flot continu de personnes. « On sentait sous nos pieds des bras, des corps, des choses molles », racontent ceux qui sont parvenus à nous décrire ces heures de traversée. Certains comprennent qu’ils nagent au milieu de corps sans vie. Sur les plages, les premiers cadavres sont recouverts d’un drap blanc puis emportés par la Guardia Civil.
Les morts se comptent par dizaines. Faute d’identification pour une partie d’entre eux, des dépouilles sont enterrées au cimetière musulman de Sidi Embarek, désignées par un simple numéro. Elles reposent dans des tombes identiques, tournées vers La Mecque. Pour seuls témoins de certaines inhumations, quelques journalistes et les employés du cimetière.
Ceux qui restent sont progressivement répartis entre plusieurs dispositifs d’accueil, organisés notamment selon leur profil et leur vulnérabilité. Le quartier de Loma Margarita accueille principalement des hommes originaires d’Afrique subsaharienne, celui de Loma Colmenar, des Maghrébins, tandis que le centre équestre Hípica reçoit des femmes et des jeunes filles. Le Centre de séjour temporaire pour immigrants (Ceti), seul lieu d’accueil pour adultes géré par l’État, complète un dispositif rapidement saturé. Les mineurs non accompagnés relèvent, eux, de la Ville autonome (autre nom donné à Ceuta), confrontée à la prise en charge de près de 1 500 jeunes.
« Je ne me sens plus en sécurité »
Dehors, de jeunes Marocains se reconnaissent dans le terme harraga, « ceux qui brûlent » les frontières pour tenter de gagner clandestinement l’Europe. Beaucoup avaient trouvé refuge dans les reliefs qui entourent Ceuta. Depuis plusieurs nuits pourtant, les cachettes se vident : plusieurs racontent en être redescendus par peur des interventions nocturnes des militaires et s’être repliés vers les quartiers périphériques.
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Des jeunes exilés se coupent les cheveux à proximité du campement informel installé en bord de mer, à la Plage du Trampolín.© Ariadna Roig Ripoll -
Un jeune homme se regarde dans un miroir dans le Polygone de las Naves, près de la frontière del Trajal.© Ariadna Roig Ripoll
« Certains méritent une seconde chance. » « Il y en a des bons et des mauvais. » « On n’en peut plus. » « Ils n’ont pas de toilettes, alors forcément ils urinent dans les rues. » Les phrases s’égrènent à Loma Colmenar, où la quasi-totalité des habitants sont musulmans. « Nous voulons qu’ils soient identifiés », lâche Fatima Belkhairi, qui habite l’une des résidences situées face au centre d’accueil. Autour d’elle, les jeunes femmes du quartier se succèdent. « Ils ne m’ont rien fait, mais je ne mets plus de vêtements aussi serrés depuis qu’ils sont là en bas. Je ne me sens plus en sécurité », confie l’une d’elles.
La fatigue se mêle pourtant à la compassion. « Comment voulez-vous qu’on leur dise non ? Chez nous, certains hébergent déjà des gens. Ils nous font de la peine, mais on ne peut pas aider tout le monde », poursuit Fatima. « Hier, ma mère a passé toute la journée à pleurer dans sa chambre parce qu’elle ne sait plus comment les aider. »
Depuis plusieurs semaines, les habitants font des courses, remplissent des bidons d’eau et préparent des repas. Dans l’entrée d’un immeuble, un garçon de 17 ans dort à même le sol. Les jeunes femmes tentent de le réveiller. Il réagit à peine. « Boulis, boulis ! » (Police !, en darija), plaisante l’une d’elles. Le garçon sursaute et se redresse d’un bond, les yeux écarquillés. Son visage se détend lorsqu’il reconnaît les filles du quartier.
« Les chrétiens ne veulent pas voir de migrants dans le centre »
Plus haut, à moins de 1 kilomètre, le centre de Príncipe Alfonso accueille 320 mineures non accompagnées. Pendant notre entretien avec Ahmed Enfedal, président de l’association de quartier, une jeune femme se présente à l’entrée. Elle cherche une place pour sept autres femmes qui dorment dans la rue. Il n’y en a pas.
« Ici, elles se sentent protégées », affirme Ahmed. Il raconte le cas d’une adolescente marocaine de 13 ans qui, après avoir quitté seule son foyer, aurait subi des attouchements à son arrivée à Ceuta. Ses cris alertent une habitante. L’histoire bouleverse le quartier et pousse ses habitants à s’organiser pour ouvrir le centre.
Loma Colmenar, Hadú, Los Rosales ou le Príncipe comptent aussi parmi les secteurs les plus défavorisés de Ceuta. Baba Achraf, 25 ans, raconte avoir quitté les abords de la plage du Chorrillo après avoir été frappé pendant son sommeil par ceux qu’il appelle les askar, les militaires. D’autres hommes font des récits similaires : réveils nocturnes, coups, téléphones ou argent dérobés. Des accusations directement dirigées contre des membres des forces de l’ordre déployées dans la ville.

« C’est toujours nous qui nous les prenons », répètent plusieurs habitants des quartiers périphériques. Une femme s’emporte : « Les chrétiens disent qu’il n’y a pas de divisions, mais ils ne veulent pas voir de migrants dans le centre, là où ils vivent. Si nous, on ne va pas aux manifestations, on nous traite de traîtres. Mais nous ne sommes simplement pas d’accord avec la manière dont ils sont traités. Ce ne sont pas des animaux. » À cet instant, un jeune homme allongé dans la rue semble pris d’une crise d’angoisse. Rafael, président de l’association de quartier, appelle une ambulance : « Où sont les ministres ? Où sont les droits humains ? » Puis il regarde l’heure. « On va voir combien de temps elle met à arriver. »
« Moi, je les brûlerais tous ! »
Le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez concentre l’essentiel des critiques. On lui reproche d’avoir perdu le contrôle de la frontière et abandonné Ceuta face à la crise. Les organisations humanitaires sont elles aussi prises à partie. Le 27 août, des manifestants tentent d’empêcher un camion de la Croix-Rouge d’accéder au Trampolín pour y distribuer les repas.
Sur la plage, le rejet s’exprime parfois sans détour. Des voitures ralentissent. Depuis les fenêtres, des passagers filment avec leur téléphone les centaines de migrants installés en contrebas. Un après-midi, une femme passe à son tour. Elle sort presque tout le buste par la fenêtre et hurle dans leur direction : « Moi, je les brûlerais tous ! » La voiture poursuit sa route.
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Un policier tente de contenir des manifestants hostiles à la présence des exilés dans Ceuta.© Ariadna Roig Ripoll -
Un enfant de Ceuta interpelle des journalistes lors d’une manifestation contre la présence des exilés.© Ariadna Roig Ripoll
Quelques jours plus tard, sur la Plaza de los Reyes, une manifestation se forme devant la Délégation du gouvernement. Les drapeaux espagnols se multiplient. Depuis le début de la crise, le récit des « quatre cultures », si souvent invoqué à Ceuta, s’accompagne presque toujours d’une précision : « Cela n’a rien à voir avec le racisme. » Dans la foule, les slogans se chargent pourtant de colère : « Pedro Sánchez, fils de pute ! », « Ceuta ne se vend pas, Ceuta se défend ! ». Sur la Plaza de Correos, deux garçons à l’air à peine majeurs, en claquettes et vêtements légers, sont assis à l’écart et regardent passer les manifestants. Soudain, deux femmes les remarquent. « Dehors ! » Des dizaines de voix reprennent le cri. Plusieurs jeunes hommes se détachent de la foule et se lancent à leur poursuite. Les garçons disparaissent dans une rue adjacente.
Ceux qui vivent encore dehors disent désormais éviter le centre les jours de manifestation. Certains parlent moins de peur que de honte : celle d’être montrés du doigt, filmés ou chassés de l’espace public sous les regards. Dans le cortège, le vocabulaire dit aussi le déplacement qui s’est opéré depuis la fin juillet. « La violence, c’est que 80 000 personnes envahissent ton pays ! », hurle quelqu’un. Le mot revient d’une manifestation à l’autre : « Invasion. » « Ce n’est pas une crise humanitaire. C’est une invasion. »
« Les gens ont enlevé leur masque »
À quelques mètres de là, Elena Iribas, journaliste de 28 ans au quotidien El Mundo, tente de photographier la scène. Une dizaine d’hommes l’encerclent et exigent qu’elle efface sa photo : « Tu ne vas plus pouvoir marcher dans la rue. On sait qui tu es. » Sous la pression, elle finit par effacer l’image. Lorsqu’elle s’éloigne, elle tremble.
Journalistes et ONG deviennent à leur tour la cible de rumeurs et d’intimidations. No Name Kitchen est notamment accusée sur les réseaux sociaux de fournir aux exilés du matériel pour s’attaquer aux habitants, ce que l’organisation dément. Sa coordinatrice à Ceuta, Francesca Fusaro, dit désormais craindre de sortir seule tant son visage est devenu identifiable.
Le 27 août, sur la plage de Benítez, des abris de fortune sont incendiés. « Ils ont brûlé nos tentes et jeté nos affaires, tout ce qu’on avait, dans la mer », raconte le lendemain l’un des hommes qui y dormaient. Plusieurs habitants interrogés attribuent ces violences à des groupes d’ultradroite mêlés aux manifestations, sans se reconnaître eux-mêmes dans ces actes. « Les gens ont enlevé leur masque », résume un chauffeur de taxi.
La crise s’est installée jusque dans le calendrier intime de la ville. Au lendemain des arrivées, les autorités annulent la Feria, les fêtes patronales qui devaient commencer quelques jours plus tard. Un mois après, son absence revient encore dans les conversations. « Moi je suis jeune, alors qu’on me prive de la Feria, ça, je ne l’accepte pas », peste un habitant.
Des mères empêchent leurs filles de sortir seules
« Ce n’est plus une vie », entend-on ailleurs. Certains disent craindre que les événements se reproduisent ; quelques-uns envisagent même de quitter Ceuta pour la péninsule. Pour ceux qui ont nagé depuis le Maroc, Ceuta représente la porte vers l’Europe continentale. Pour certains de ceux qui y vivent, c’est désormais la péninsule qui apparaît comme une porte de sortie.
La peur traverse particulièrement les conversations entre femmes. Certaines mères disent empêcher leurs filles de sortir seules. D’autres reconnaissent pourtant avoir du mal à distinguer ce qu’elles ont vécu de ce que le climat général leur fait redouter. « Ils ne m’ont jamais rien fait, ils ne m’ont même jamais rien dit », reconnaît Laura, une trentenaire qui, depuis fin juillet, ne sort plus seule que pour aller à la salle de sport.
Cette peur coexiste avec une réalité moins présente dans les discours sur l’insécurité : les principales victimes des violences sexuelles recensées depuis la crise sont elles-mêmes migrantes. Au 31 août, le parquet avait enregistré vingt-trois agressions sexuelles contre des personnes migrantes. Parmi les huit auteurs présumés alors identifiés, quatre étaient marocains, trois espagnols et un belge. À Ceuta, la violence épouse donc moins clairement la frontière entre « eux » et « nous » que ne le suggèrent certains discours.
« Eux, ce ne sont pas des gens civilisés »
Cette frontière est d’autant plus difficile à tracer qu’ici religion, origine et nationalité ne se superposent pas. « Ma religion n’a rien à voir avec mon identité. Je peux être musulman et espagnol », tranche un chauffeur de taxi. Quelques jours plus tard, un autre chauffeur, musulman lui aussi, trace pourtant une autre frontière : « Moi aussi je suis musulman, mais eux, ce ne sont pas des gens civilisés. » Dans une ville où une grande partie de la population est d’origine marocaine, le « nous » et le « eux » se recomposent ainsi au gré des conversations.

Dans les manifestations, les drapeaux espagnols portent eux aussi plusieurs significations. Ils expriment le rejet de la politique migratoire de Pedro Sánchez, mais également une affirmation de souveraineté face au Maroc, qui continue de revendiquer Ceuta et Melilla. La relation avec Rabat place pourtant Madrid dans une position délicate : l’Espagne dépend de la coopération marocaine pour contrôler l’une des deux seules frontières terrestres entre l’Union européenne et l’Afrique. Sánchez s’est donc gardé, faute de preuves, d’attribuer directement les arrivées au gouvernement de Mohammed VI et a, au contraire, salué sa coopération dans les retours. Cette prudence est devenue une arme politique : le Parti populaire (PP, droite conservatrice) accuse le gouvernement d’épargner Rabat, tandis que Vox (extrême droite) dénonce sa « soumission » au Maroc et préfère au mot « crise » celui d’« invasion ».
C’est peut-être là que Ceuta fonctionne le mieux comme laboratoire. L’extrême droite n’a inventé ni la saturation des centres, ni la peur de certaines femmes, ni l’épuisement des quartiers périphériques. Elle relie ces réalités dans un même récit : une invasion, un État impuissant, des complices et un « nous » à protéger.
Une crise réelle qui déplace les frontières
Ce récit dépasse désormais l’Espagne. Le soutien de Donald Trump à Mohammed VI sur le Sahara occidental a renforcé la position régionale du Maroc ; en Italie, le gouvernement de Giorgia Meloni a rétabli des contrôles après les arrivées de Ceuta. Sous des formes différentes, la frontière, la souveraineté et la perte de contrôle sont devenues des thèmes structurants des droites radicales européennes.
Ceuta en révèle pourtant toutes les contradictions. Des Espagnols musulmans brandissent le drapeau national ; des habitants de quartiers presque entièrement musulmans hébergent des migrants tout en réclamant davantage de contrôle ; certains se disent solidaires mais ne veulent plus les voir dans leur rue. Dans une ville qui a fait de la coexistence de quatre cultures l’un des piliers de son identité, une paire de claquettes, un accent ou quelques mots de darija peuvent désormais suffire, dans le regard de l’autre, à tracer une frontière entre ceux d’ici et ceux de là-bas.
Ceuta n’est pas devenue en un mois une ville d’extrême droite. Ce serait effacer les solidarités, les contradictions et les résistances que la crise a également révélées. Mais sur ces vingt kilomètres carrés se joue, à une échelle presque expérimentale, un phénomène qui dépasse largement l’exclave : la manière dont une crise réelle peut déplacer les frontières de ce qu’une société accepte d’entendre, de dire et, progressivement, de penser.
Au Trampolín, pendant ce temps, les navires semblent toujours immobiles au large. Sur la plage, les migrants se remettent en file. La Croix-Rouge prépare les repas. Demain, le même rituel recommencera.
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1Iago Moreno, « Le chaînon manquant : les réseaux sociaux au cœur de « l’attaque » contre Ceuta », Le Grand Continent, 2 septembre 2026.
2Iago Moreno, « Le chaînon manquant : les réseaux sociaux au cœur de « l’attaque » contre Ceuta », Le Grand Continent, 2 septembre 2026.





